Macron ne pourra cacher la réponse aux gilets jaunes, doléances diverses, et propos recueillis dans les grands débats, indéfiniment même s’il entend par cette manœuvre, faire disparaître un autre débat : « les élections européennes ».

Maintenant que l’incendie de Notre-Dame de Paris a envoyé aux oubliettes l’« effet waouh » recherché par Emmanuel Macron avec son discours de réponse à la crise des « gilets jaunes », l’Élysée revoit sa copie. « La séquence ne pourra plus être la même après ce qui s’est passé, reconnaît-on dans l’entourage du chef de l’État. On va réajuster le dispositif. » Il était jusqu’alors conçu en deux temps. D’abord une adresse solennelle aux Français avec annonce des mesures. Deux jours plus tard, une conférence de presse, la première de son quinquennat, avec compléments d’informations et annonces de nouvelles mesures.

Cette seconde phase s’inscrivait aussi dans la volonté du chef de l’État de revaloriser les corps intermédiaires. Ses relations n’ayant jamais été simples avec les journalistes, il s’agissait aussi d’essayer d’apaiser les tensions. « En organisant une conférence de presse, le message qu’il voulait lancer n’était pas neutre. Il s’agissait aussi d’une marque de respect », explique l’un des participants aux réunions préparatoires du discours. Seulement voilà, le discours et les mesures ayant intégralement fuité dans la presse, tout est donc à revoir.


Extrait d’un article paru dans « le Figaro » signé de François-Xavier Bourmaud sous le titre : « Emmanuel Macron revoit son dispositif ». Source (extrait)


[Lorsqu’un patrimoine comme Notre-Dame de Paris est touché, on en profite pour relancer à la fois le cultuel dans la foulée de la protection et de la réfection de ses édifices nationaux. Autrement dit faire d’une pierre deux coups, et peut-être même un coup de billard à trois bandes pour certaines entreprises bienfaitrices pour leur image de marque (même si certaines abandonnent la défiscalisation attachée aux dons), il faut profiter du moment, des bonnes consciences, utiliser la générosité publique pour combler le déficit subventionnel d’un bien pale ministère de la culture et des monuments publics. MC]


Réagissant à la somme de près d’un milliard d’euros collectée pour Notre-Dame, plusieurs spécialistes invitent les particuliers à consacrer leurs dons aux nombreux autres édifices en péril qui souffrent de l’absence de financement.

C’est une église aux pierres apparentes, qui surplombe le Lot. Mais aujourd’hui, fragilisée, elle menace de s’écrouler dans cette rivière qu’elle couve du regard depuis 900 ans. Même les pêcheurs et les bateliers ont été priés de ne pas s’en approcher ! Pourtant, il faudrait quoi, allez, quelques « dizaines de milliers d’euros » pour sécuriser l’édifice Saint-Pierre-ès-Liens, à Penne-d’Agenais (Lot-et-Garonne). « Nous n’avons pas, c’est sûr, la même notoriété que Notre-Dame de Paris », concède, entre lucidité et regrets, Yves-Alain Fanton, économe du diocèse d’Agen qui ne serait pas contre un petit coup de pouce salvateur dans le sillage de l’extraordinaire campagne de dons pour la cathédrale parisienne qui a brûlé ce lundi soir.

Ce mercredi, plus d’un milliard d’euros avaient déjà été récoltés. L’historien des religions Odon Vallet, est, lui, beaucoup plus radical : « Pas un sou de particuliers, de mairie, de département, de région à Notre-Dame ! » scande-t-il au téléphone.

« Laissons les grandes fortunes et les Américains mettre la main à la poche et nous, occupons-nous de l’ensemble du patrimoine qui fait la France. » « Pour eux, les milliards n’affluent pas » Il évoque les fissures de Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles ou de Saint-Germain de Charonne à Paris (XIIIe et XXe arrondissements), les arrêtés de péril affichés dans les mêmes églises de campagne « où l’on a été baptisé, marié, enterré parfois », mais aussi les châteaux qui vacillent ou les petits ponts qui tremblent. « Et les bâtisses. Et les sculptures prêtes à tomber dans les salles de mariage des mairies rurales ».


Extrait d’un article paru dans « le Parisien » signé de Florence Mereo sous le titre : « Dons à Notre-Dame : « Il faut un sursaut pour l’ensemble du patrimoine» ». Source (extrait)


 [Tout cela est vrai, pour autant l’État, les ministères, et les collectivités locales ne peuvent pas tout. Il nous semble plus important actuellement de constater les fissures d’une grande partie de la population française obligée de vivre sous le seuil de pauvreté, obligée de recourir à l’une ou l’autre des trop nombreuses (mais nécessaire hélas) associations caritatives. Cette somme près de 1 milliard collecté en 48 heures certes pour une bonne cause, a quand même quelque chose de très indécente au regard de la vérité quotidienne. MC]


C’est certainement Mathieu Magnaudeix dans « Médiapart »qui a trouvé le résumé adéquat avec le titre de son article, résumant en une phrase « l’utilisation » de l’événement. « Les milliardaires ont trouvé une occasion de passer pour des héros ». Source