Nous n’allons pas tenir le crachoir longtemps sur l’incendie, alors de quoi faut-il parler puisqu’officiellement (juste des fuites) nous ne savons rien des intentions gouvernementales, comme si « jouer la montre » éteindra tous les incendies connus et à venir …

Macron, qui a dû reporter son allocution de sortie de « grand débat », initialement prévue lundi 15 avril, ainsi que la conférence de presse programmée le mercredi suivant. Mardi soir, le président de la République s’est finalement exprimé à la télévision, mais seulement pour parler de la cathédrale. « Je reviendrai vers vous, comme je m’y étais engagé, dans les jours prochains, pour que nous puissions agir collectivement suite à notre grand débat, mais ça n’est pas le temps aujourd’hui, a-t-il indiqué, après trois mois de consultation et cinq mois de mobilisation des gilets jaunes.

Demain, la politique et ses tumultes reprendront leurs droits […}

Ne serait-ce pas avec la peur au ventre que le Jupiter de service s’avance a très petits pas ?

« Ne nous laissons pas prendre au piège de la hâte. J’entends comme vous, je sais toutes les pressions, je sais en quelque sorte l’espèce de fausse impatience, qui voudrait qu’il faut réagir à chaque instant, pouvoir dire les annonces qui étaient prévues à telle date comme si être à la tête d’un pays n’était qu’administrer des choses et pas être conscient de notre histoire, du temps, des femmes et des hommes », a-t-il poursuivi, sans même cacher son intention de s’emparer de cette « catastrophe » pour « retrouver le fil de notre projet national », et la changer, selon ses mots, « en occasion de devenir tous ensemble ».

La journée de mercredi sera donc consacrée, toujours selon les mots de l’Élysée, à « l’opération de sauvetage de Notre-Dame », avec un conseil des ministres dédié le matin et une réunion de lancement de la souscription nationale et de la reconstruction, l’après-midi. Car après avoir fait monter le suspense pendant plusieurs jours autour des annonces d’Emmanuel Macron, qualifiées d’« explosives » par certains, le pouvoir voit son effet de surprise se dégonfler. Et ce d’autant plus que les mesures qu’il devait annoncer ont été dévoilées dans la presse, l’AFP s’étant notamment procuré une copie de l’allocution de lundi.

Le président de la République ne s’étant pas encore officiellement exprimé, la prudence reste de mise.

  • Les fuites reflètent-elles l’ensemble de ce qui sera finalement proposé « en temps voulu » ?
  • Ou ne sont-elles qu’un « avant-goût » de quelque chose de plus large ?

Impossible à dire. Mais si les pistes connues depuis mardi après-midi se révélaient être les seules à finalement être mises sur la table, il est clair qu’Emmanuel Macron aurait raté sa fameuse sortie de grand débat, contraint d’annoncer, avec retard, des mesures qui sont déjà connues.

Surtout qu’au regard de ce qui est sorti dans la presse et de la portée des annonces en question, il n’y a bien que l’effet de surprise qui aurait pu momentanément servir le chef de l’État. […]

 Quoi qu’il en soit, il faudra encore attendre quelques jours pour connaître les « réponses » officielles d’Emmanuel Macron, promises le week-end dernier dans une vidéo reprenant tous les codes des bandes-annonces de cinéma. Et encore plus de temps pour en apprécier le détail. Car pour le moment, la « priorité » du président de la République est bel et bien Notre-Dame de Paris.

Dans ce « moment d’union nationale », le parti LREM a même décidé de suspendre sa campagne pour les européennes « jusqu’à nouvel ordre ».

L’effet de surprise de sortie du « grand débat » étant visiblement raté, il va falloir trouver autre chose pour reprendre la main.


Romaric Godin. Médiapart. Titre original : « «Grand débat»: Macron rate son effet ». Source (extrait)