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Bien que la commémoration orchestrée par Macron et Sarkozy (Monsieur Nicolas aux innombrables casseroles juridiques) soit passée au second plan, il n’est pas inutile de faire un retour en arrière, démarche singulière pour se rappeler. MC

Avouons-le : au début, on a cru que c’était un poisson d’avril.

Que Macron se rende aux Glières, ce dimanche 31 mars, quel bon gag ! Et pourquoi pas en compagnie de Sarkozy, pendant qu’il y est ? Et pourtant si. Ils sont allés s’y afficher ensemble. Brusquement, on se retrouvait catapultés douze ans en arrière. Le « nouveau monde » prenait un nouveau coup de vieux.

Souvenons-nous : les Glières, ce n’est pas seulement ce haut lieu de la Résistance où en mars 1944 miliciens et nazis massacrèrent plus d’une centaine de maquisards. C’est aussi ce lieu où, en 2009, Stéphane Hessel lança son fameux « indignez-vous ! ». Pourquoi était-il venu en cet endroit symbolique où, chaque année depuis 2007, des milliers de simples citoyens se rassemblent pendant trois jours (1) ?

Le 4 mai 2007, alors qu’il est candidat à la présidence, Nicolas Sarkozy fait un aller-retour aux Glières pour s’y recueillir devant la quarantaine de cameramans qu’il a amenés dans son avion. Si cela n’est de la com’ !

Aucun résistant n’a été prévenu ni invité. Une fois élu, il renouvellera l’opération quatre années de suite. Puis il lâchera l’affaire.

Mais pas les « citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui ». Lesquels, indignés par l’opération électorale de Sarkozy, organisent peu après un rassemblement aux Glières.

Depuis reconduit, étoffé, transformé en Forum des résistances. Leur message ? La Résistance, ce n’est pas seulement des faits d’armes, mais avant tout des valeurs.

C’est notamment ce qu’était venu y dire le résistant Stéphane Hessel, parrain de ces retrouvailles annuelles, qui avait conseillé à tous les participants de « créer partout des réseaux de solidarité ». Et avait rappelé ce texte au titre magnifique, « Les jours heureux », rédigé dans la clandestinité et voté en mars 1944 à l’unanimité par les représentants des principaux mouvements de résistance (et des partis politiques).

C’est de ce programme du Conseil national de la Résistance (CNR) que nous viennent la Sécurité sociale, la retraite par répartition, la reconnaissance des syndicats comme partenaires à part entière, la construction de vrais services publics pour tous, l’ambition de créer une presse « indépendante des puissances d’argent,» et d’instaurer « une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ». S’il existe encore, dans ce monde mondialisé, un « modèle social français », c’est parce que notre système social est issu de ce texte fondateur.

Rappelons que, après l’élection de Sarkozy, le fringant Denis Kessler, alors l’un des idéologues du Medef, nota que l’action de ce dernier était claire : « Défaire méthodiquement le programme du CNR. »

Le programme est résistant…


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. Titre original : « quels jours heureux ? ». 03/04/2019


  1. Prochains rassemblements les 17, 18 et 19 mai. Voir le site « citoyens-resistants.fr ».