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Depuis le temps que je vaque à quelques occupations, visites, et la photographique en tout genre sur ce blog, vous connaissez mon attrait pour tout ce qui est du domaine de l’art. Les Inrockuptibles dans un N° hommage à Agnès Varda a mis en ligne une interview diffusée sur Radio Nova en son temps.

Agnès Varda y accordait à Jean-Marc Lalanne, un entretien sur son rapport au regard et à l’image, photographique ou filmée, source de rêverie et de vérité.

J’ai bien aimé ses questionnements comme ses réflexions sur l’image fixe ou animée. Je fais une sélection de certaines de ces réponses que je juge très appropriées à la vision de l’art, que tout à chacun doit (devrait) avoir. MC

Agnès Varda — J’ai toujours été intéressée par les images offertes dans la rue. Pas la publicité qui est parfois pénible mais les images qui sont faites pour rien, pas pour vendre quelque chose mais pour montrer. En 1980, j’ai fait un film sur les muralistes à Los Angeles (Mur, murs – ndlr). Ces gens qui ont envie de s’exprimer de façon assez grande pour leurs œuvres offrir aux gens. Il ne faut même pas passer le seuil d’une galerie qui est gratuite, c’est là, dans la rue. C’était en réaction contre le système des galeries : il y a l’image et est-ce qu’il faut payer pour la voir ? Les images ont une dimension, sociale selon moi.

L’image publique, sociale et collective a maintenant une dimension extrêmement importante. L’image est une proposition mais comme nous sommes maintenant bombardés d’images, est-ce qu’on prend le temps de les regarder ?

Une photographie posée sur la table c’est un bout de papier qui est mort et le premier regard la fait vivre. Il y a toujours ce que ça représente et ce que cela suscite. L’idée qu’on peut comparer des regards m’a toujours fascinée, puisqu’une même photographie commentée par quelqu’un d’autre ne représentera pas la même chose, ou pas tout à fait.

J’ai fait aussi des photos de théâtre, des représentations, et chaque fois je me posais la question : est-ce qu’il faut faire des photos de scène ou est-ce qu’il faut essayer de trouver une image qui raconte la pièce ?

Est-ce que tu as fait dans ta vie beaucoup d’images que tu n’as jamais montrées, des images de tes proches ?

Ce que tu appelles “jamais montrées”, ça ne veut pas dire que c’est intime. J’ai fait des centaines et des centaines d’images qui n’ont pas été montrées mais je n’ai pas fait de photos intimes. J’ai photographié Jacques Demy plusieurs fois évidemment, nos enfants quand ils étaient petits et puis après j’ai un peu arrêté. Quand Jacques est mort, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pratiquement pas d’images de lui et moi.

Pourquoi y a-t-il si peu de photos de ton intimité ?

Je n’ai pas documenté ma propre vie, je le regrette. Je me souviens, j’ai fait un voyage au Mexique où je n’ai volontairement pas pris d’appareil photo en me disant : “Est-ce que je suis capable de vivre les choses avec intensité sans les capter ?” Maintenant je le regrette.

Par exemple, je n’ai pas pris de photographie de Jim Morrison car les paparazzis le poursuivaient tout le temps et je pensais que c’était un geste d’amitié de passer du temps avec lui sans faire une photo. Je continue à penser que c’était gentil mais aujourd’hui l’image des gens morts me manque.


Source (Extrait-très court)