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D’emblée bien évidemment j’ai tendance à penser que je ne suivrais ni l’une ni l’autre des injonctions d’un Macron aux abois dans cette quête aux électeurs pour les élections européennes. Ni progressisme à la Macron, ni populisme à la façon d’extrême droite. De nombreux autres partis politiques proposent des solutions qu’il faut entendre, analyser, avant de porter son vote. MC

Avec le « progressisme », le président tente d’imposer un nouveau clivage entre lui et les populistes et fait mine de répondre aux enjeux nouveaux. Une tentative pour l’heure aussi vaine que dangereuse.

Macron veut changer la société. Pour l’auteur de « Révolution », publié en 2016, elle est « bloquée », crée des « frustrations » qui amèneront bientôt à la « révolte ». Mais l’une des particularités de l’actuel locataire de l’Élysée est pourtant d’être arrivé au pouvoir avant d’avoir un vrai projet politique.

Un vide qu’il cherche à remplir depuis le début du quinquennat.

Le président a donc chargé deux de ses fidèles, Ismaël Emelien, 32 ans, et David Amiel, 26 ans, de tailler les habits neufs de la doctrine macronienne, de donner de l’épaisseur à la politique présidentielle. L’ouvrage, qui se veut « le manifeste » du macronisme, « Le progrès ne tombe pas du ciel » est paru le 27 mars.

Depuis plusieurs mois, le président évoque en effet le « progressisme » comme étant son armature idéologique et politique. La captation du terme n’est pas la moindre de ses impostures.

« Si le terme a connu différentes acceptions au cours de son histoire, il renvoie notamment à Jaurès, l’une des figures porteuses du progrès social et démocratique qui s’opposaient alors aux conservateurs », raconte l’historien Jean-Numa Ducange.

Un clivage gauche-droite désormais obsolète selon les idéologues macronistes, pour qui l’élection présidentielle de 2017 est « l’archétype des nouveaux affrontements qui structureront désormais la vie des démocraties » : progressistes contre populistes. […]

Mais les progressistes ont cela d’original qu’ils ne savent pas encore qui ils sont. Amiel et Emelien tentent de poser trois principes qui définiraient le progressisme : « maximiser les possibles », « le faire ensemble » et « commencer par le bas ».

Un programme qui sur le papier pourrait séduire nombre de ceux qui se disent aujourd’hui progressistes tout en combattant la politique du président. Mais derrière ces jolies formules se cache en réalité un arsenal idéologique libéral dont on peine à saisir la nouveauté.

[…] Les valeurs fondatrices du progressisme énoncées alors sont la dignité, l’émancipation, l’engagement, l’ouverture et la responsabilité. Un fourre-tout qui ne dit pas grand-chose de la direction que veut prendre le macronisme.

Les personnalités pour les incarner en disent, elles, un peu plus : Helle Thorning-Schmidt, ancienne premier ministre du Danemark, se veut par exemple une héritière d’Anthony Giddens, théoricien du blairisme ; Dominique Reynié, politologue et directeur de la Fondapol, est connu pour avoir théorisé un progressisme tel que Sarkozy a pu apparaître pour un président allant dans le sens de l’histoire, contre les « conservatismes ». Dans cette galerie de portraits, Jean-Michel Blanquer est « l’émancipation », tandis que l’incarnation du « dialogue » par Nicole Notat, ancienne patronne de la CFDT, donne une idée de l’ambition sociale du progressisme sauce Macron.

L’un des objectifs de la redéfinition du progressisme est précisément de renvoyer la lutte des classes au rang de vieille lune. […] Le volet social se résume alors à la lutte contre la grande pauvreté, ce que le candidat Macron appelait « faire plus pour ceux qui ont moins ». […]

Macron veut « changer la société » et non « de société », croient utile de rappeler Emelien et Amiel. Vers où ? « Il s’agit d’adapter la France à la mondialisation financière », analysait le politologue Jérôme Sainte-Marie dès octobre 2018.

Mais le progressisme nouvelle version est avant tout un individualisme. « Nous ne nous adressons pas à des classes sociales mais à des personnes », clament ainsi les auteurs de la nouvelle bible macronnienne. […]

Sur le plan sociétal, le progressisme énoncé renoue avec les accents macroniens de la campagne : lutte contre les discriminations, politique d’immigration relativement ouverte, égalité des droits, exaltation des libertés publiques. Un projet cohérent pour installer le duel progressistes contre populistes dans l’opinion.

Car pour les macronistes, l’enjeu est bien là : battre les populistes « d’extrême gauche comme d’extrême droite », rassemblés dans un même sac, qui mènent tous deux au « suicide de nos sociétés ». […] Difficile […] de voir dans ce début de quinquennat les traces d’un quelconque progrès. « Depuis deux ans, nous voyons une politique réactionnaire, ultralibérale, récessive d’un point de vue social et aucune avancée écologique », abonde Éric Coquerel, député insoumis de Seine-Saint-Denis.

[…] La stratégie élyséenne de reconfigurer le paysage politique entre progressistes et populistes avec en premier objectif de remporter les élections européennes n’est cependant pas totalement inefficace. Crédité de 17 % des intentions de vote à l’automne, LaREM peut espérer désormais entre 23 et 25 % des voix. Une partie des « modérés » convergent en effet autour de la majorité, pourtant très impopulaire. Une sorte d’îlot centriste et plutôt aisé socialement. […]

Les garants de la démocratie et les remparts contre l’extrême droite sont les mêmes qui promulguent les lois contre le droit de manifester ou nient totalement les quelque 500 victimes de violences policières depuis le début du mouvement des gilets jaunes. Un député LaREM est même allé jusqu’à demander l’interdiction de l’union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, qui avait osé manifester lors de l’un de ses meetings. « Quelle crédibilité aura Macron si le scénario de 2017 se répétait, sur certains aspects les gens peuvent croire que l’extrême droite est déjà au pouvoir », tacle encore Éric Coquerel.

« Dans cette période de défiance, c’est extrêmement inquiétant car quand on dit “C’est moi ou le chaos”, mais que l’on fait l’inverse de ce que l’on a dit, ça se termine toujours dans le chaos », renchérit Yannick Jadot, candidat écologiste aux européennes. […]


Cédric Clérin – Source (extrait)