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« Nous allons créer un choc d’offre… » [Ben oui quoi, mais Macron n’a jamais dit en quelle année. MC]

Emmanuel Macron et ses ministres ne cessent, depuis deux ans, de répéter cette formule rituelle censée terrasser la crise du logement. Trois mois après son arrivée à l’Elysée, le chef de l’Etat proclamait qu’il allait « libérer le droit de l’urbanisme, les procédures, réduire les coûts, les normes, libérer le foncier public et parapublic » (« Le Point », 31/8/17). Les logements de qualité accessibles à tous allaient-ils pousser comme des champignons ? C’est au pied du mur qu’on voit l’Macron…

Et c’est tout vu : aujourd’hui, tous les signaux sont en train de virer au rouge. La promulgation, en novembre dernier, de la loi Elan, destinée à mettre en musique les engagements présidentiels, n’y a rien changé pour le moment.

HLM fantômes

Le nombre de logements « autorisés » (financement et permis de construire) ne cesse de fondre depuis un an. En 2019, il pourrait plonger sous la barre des 400.000. Plus inquiétant : une bonne partie de ces logis risque de ne jamais voir le jour. Les statisticiens du ministère viennent de prévoir (sans plus de détails) une forte hausse des annulations des chantiers prévus en 2019 : 21% des projets d’habitat collectif (soit 56.000 unités) pourraient s’évanouir dans la nature. Edifiant ! Ou plutôt non.

Les deux millions de demandeurs d’HLM enregistrés au niveau national vont apprécier l’info. La Caisse des dépôts, qui prête aux offices une partie de l’argent collecté par le Livret A, devrait annoncer, le 11 avril, que le nombre de logements sociaux financés en 2018 s’est effondré de 20 à 25%, au point de frôler les 90.000 unités — contre près de 110.000 en 2017.

En Ile-de-France, une région où les besoins sont criants, la dégringolade atteint déjà les 20% (sur deux ans), et la chute pourrait, « à moyen terme », représenter 40%.

Les organismes HLM voient dans le gouvernement le grand responsable de cette bérézina. Il est vrai que, depuis 2017, celui-ci leur a piqué 6 milliards — via un doublement de la TVA sur les constructions et l’obligation de baisser les loyers pour compenser la baisse des allocations logement. C’est du béton précontraint…

Le ministre du Logement, Julien Denormandie, les soupçonne de noircir quelque peu le tableau histoire de faire pression sur les négociations financières actuellement en cours sous l’égide de Matignon.

Maréchal j’offre ?

La crise gagne aussi les logements non sociaux. La Fédération des promoteurs immobiliers s’est bien félicitée d’« une activité toujours soutenue » en 2018, mais, depuis la fin de l’année, ses fondations tremblent le volume des mises en vente a fondu de 35% dans le Grand-Est, de 29% à Lyon et de 21% pour le Grand Paris…

Ces bétonneurs reprochent au pouvoir sa « cacophonie sur la fiscalité », la cherté des terrains et la « nette hausse des coûts de construction constatée en 2018 ». Autant de maux qui devaient être guéris par le choc d’offre du docteur Macron…

Les promoteurs et les gérants d’HLM ne semblent pas convaincus non plus par la « chasse aux normes inutiles » présentée par le Président et son ministre comme la pierre angulaire de leur révolution immobilière. Grâce à elle, les prix allaient baisser, les rythmes de construction s’accélérer…

C’est mal barré.

La loi Elan a bien supprimé l’obligation de rendre tous les logements neufs accessibles aux handicapés, mais cette disposition a mis en pétard les associations concernées, qui ont obtenu de certaines municipalités (la Ville de Paris, notamment) le maintien de l’ancienne norme. Et c’est le ministre qui semble un peu handicapé…

Normes baladeuses

D’autres règles ont été assouplies, mais, comme les politiques et les habitants exigent des constructions plus écolos, les obligations sont encore plus nombreuses et les prix ne cessent de flamber », constate le patron d’un office HLM. « La chasse aux normes n’a rien donné de spectaculaire », confirme un porte-parole des promoteurs.

Les conseillers de Julien Denormandie eux-mêmes vacillent du fil à plomb. Ils trouvent désormais (au nom de l’écologie) quelques vertus à l’inflation de certaines nouvelles normes. «Au départ, la réglementation thermique adoptée en 2012 a bien fait grimper les factures de 10%, résume l’une de ces éminences grises. Mais elle a poussé les constructeurs à innover. Finalement, le surcoût a baissé pour devenir marginal, et les habitants font des économies ! » Heureusement, Julien Denormandie souligne que le gouvernement a « pris le problème à la racine et fait des choix tranchés »…

En attendant, c’est plutôt le budget du logement qui est tranché.


La rénovation … C’est pas mieux !

Les travaux de rénovation des vieux logements ont, eux aussi, des fissures dans le bâti… Présentés par l’Elysée comme ultra-prioritaires pour la transition écologique, les chantiers de ce genre auraient dû se multiplier l’an passé. Un triomphe : à la fin de 2018, leur nombre avait diminué de 3%. Le phénomène touche plus fortement encore le parc locatif privé, et tout spécialement les copropriétés paupérisées, qui n’ont même plus de quoi payer l’entretien courant. Dans « Le Figaro » (28/3), l’universitaire Michel Mouillart, spécialiste du logement, estime que seuls 13,3% des biens reproposés à la location en 2018 ont fait l’objet de travaux de remise aux normes. Voilà dix ans, on était à 23,4%…Le concours des baraques les plus délabrées de France ne fait que commencer !


Hervé Liffran. Le Canard enchaîné. 03/04/2019