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Pire que la nuit des morts-vivants, la faculté de s’enrichir sur le dos des morts.

  • « J’me suis dit : “Lifeline, c’est pour moi !”
  • J’ai amassé les liasses en un claquement de doigts
  • Tu sais qui est encore sexy ? 
  • Oui, c’est moi ! »

Entourée d’éphèbes tout juste vêtus de shorts dorés, la vedette américaine du feuilleton Amour, gloire et beauté Betty White, 89 ans, se trémousse sur un thème musical davantage conçu pour séduire les amateurs de boîtes de nuit que les mélomanes. À intervalles réguliers, la musique s’interrompt. L’actrice reprend alors son refrain :

  • « Tu sais qui est encore sexy ? 
  • Oui, c’est moi ! »

Cette annonce publicitaire de la société Lifeline (« planche de salut ») a été diffusée en 2011. Comme ses concurrents Coventry First, Magna Life Settlements ou Abacus, le fonds de placement propose de racheter leur assurance-vie aux seniors américains. En dépit de la chanson qu’elle a composée pour Betty White, Lifeline n’ignore pas que l’actrice approche de l’heure fatidique. Par bonheur, la société a trouvé le moyen d’en tirer profit.

Au début des années 1980, l’hécatombe provoquée par l’épidémie de VIH-sida pique l’imagination du secteur financier américain. L’alignement de planètes est idéal : il n’existe aucun traitement contre le virus ; les patients sont mal protégés par un système de santé défaillant ; les frais liés aux soins s’accumulent ; le nombre de malades explose, et certains disposent d’assurances-vie.

Des courtiers flairent un filon qui s’avère bientôt juteux : le life settlement (« règlement du vivant »).

D’ordinaire, les assurances-vie visent à constituer des sommes qui seront reversées aux ayants droit de l’assuré au moment de sa mort. Mettre fin à son contrat avant la rencontre avec la Grande Faucheuse engendre en général des frais. Le life settlement permet de revendre sa police à une tierce partie.

Le montant alors obtenu est inférieur à celui dont la « maturité » du contrat (entendre : la mort de l’assuré) devait déclencher le versement, mais tout de même supérieur à ce que concèdent les assureurs en cas de résiliation. Lorsque l’assuré trépasse, l’investisseur empoche les sommes prévues dans l’accord d’origine.

Le rachat prend la forme d’un versement initial suivi de mensualités dont le montant varie avec l’espérance de vie de l’assuré. « Personne ne peut prédire de façon précise le moment de la mort, auquel la police vient à maturité, avertit le site de la société Lifeline. Comme la date exacte de maturité détermine le taux annuel de rendement, plus la longévité de l’assuré est limitée, plus le rendement sera élevé. (…) Même si nous faisons tout pour fournir une évaluation précise de l’espérance de vie, l’investisseur ne peut ignorer que certaines polices ne parviennent pas à maturité avant dix ans, parfois davantage. Le principal risque avec le rachat d’assurance-vie, c’est le temps. » Dans ces conditions, une personne en phase terminale percevra davantage qu’une autre dont la maladie limite les projets d’avenir sans les éliminer totalement. […]

Vous avez là un très court extrait de l’article, je ne peux que vous conseillez d’acheter le numéro du « Monde Diplomatique » du mois d’avril 2019 , pour lire (entre autres) l’intégralité de cet article. MC


Sylvain Leder – Professeur de sciences économiques et sociales. Le Monde Diplomatique. Titre original : « Votre mort vaut de l’or ». Source (extrait)