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Après l’exécution en place publique du préfet de police par Édouard Philippe, deux de ses collaborateurs ont été priés d’exercer leurs talents ailleurs.

Le directeur de cabinet s’est rendu coupable d’avoir ignoré les ordres de Beauvau, et le patron de la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) de n’en avoir fait qu’à sa tête.

Depuis le 1er décembre, l’exécutif exigeait que le maintien de l’ordre soit « réactif et mobile ». Raté : le 16 mars, alors que le Renseignement territorial annonçait une forte remobilisation des casseurs, les 12 compagnies de CRS présentes à Paris sont restées statiques, positionnées autour des lieux de pouvoir.

Dans le jargon du maintien de l’ordre, on appelle ça de la « sécurité périmétrique ». Ne restaient que 28 escadrons de gendarmerie pour à la fois encadrer la marche pour le climat et stopper les casseurs, munis d’outils souvent ramassés sur les chantiers de la Mairie de Paris laissés sans surveillance.

Avec une obsession du futur ex-préfet de police : éviter que gilets jaunes et verts ne fusionnent. L’évincé apporte une précision de taille au « Canard » : « J’ai bien transmis la consigne des ministres à la réunion préparatoire du 15 mars. Lors de ces breefings [d’avant-manifs], tout est enregistré. » Mais, apparemment, pas entendu par ses subordonnés…

Un parquet très grinçant

Quant aux désormais fameux détachements d’action rapide (DAR), censés jouer la cavalerie légère en appui des « forces lourdes », ils sont intervenus à contretemps, et de manière totalement désordonnée.

Beauvau avait exigé que la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) dirige seule la manœuvre. Or, bizarrement, sur les 51 unités déployées samedi, les trois quarts étaient aux ordres du patron de la DSPAP.

Les consignes de l’Intérieur étaient pourtant clairs : c’est la Direction de l’ordre public qui commande les DAR, les CRS et les gendarmes. Deux salles de commandement pour une seule manif, ça fait désordre.

Profitant de la faiblesse de la DOPC, Frédéric Dupuch, le patron de la DSPAP, a non seulement commandé les DAR mais s’est, en plus, assis sur les instructions de Beauvau en matière d’armement : d’abord en faisant charger, sans que personne le lui ait demandé, les lanceurs de balles de défense avec des munitions à courte portée, ensuite en demandant à la troupe d’essayer de réduire les tirs. Les « possibles inhibition et lassitude » des poulets, dixit l’ex-préfet Delpuech, n’a rien dû arranger.

Mais, ce qui a rendu l’Intérieur encore plus furax, c’est de découvrir que la Préfecture de police de Paris lui avait menti.

Pour expliquer la présence de plus d’un millier de casseurs sur les Champs-Elysées, les chefs flics ont assuré ne pas avoir pu procéder aux fouilles et arrestations préventives, comme cela fut le cas le 8 décembre.

La faute, selon eux, au parquet, qui ne leur avait pas accordé toutes leurs demandes de réquisition.

Le procureur de Paris répond pourtant (ce qui a été confirmé au « Canard ») avoir signé toutes celles qui lui avaient été soumises. C’est-à-dire peu.


 Le Canard enchaîné. Titre original « les Pinocchio que de l’intérieur ». 20/03/2019