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Les Français sont prévenus : il y a aura, dans l’histoire de ce quinquennat, «un avant et un après» grand débat. (Dixit Emmanuel Macron lors d’une de ses apparitions télévisuelles.)

[…] Cet «après» devrait commencer mi-avril avec une première série d’annonces. «Nouveau souffle», «redéfinition du projet démocratique» : le chef de l’État a promis de ne pas faire dans l’eau tiède. […] «Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies […] sans que rien n’ait changé. Nous sommes à un moment historique pour notre pays»

« Scepticisme ».

Ce grand débat, le chef de l’État se plaît à souligner qu’il était bien seul, au début, à en défendre le principe. Le 31 janvier, devant quelques journalistes, il confiait s’être heurté, début décembre, à l’«immense scepticisme» de la plupart de ses conseillers et ministres. «C’est complétement fou», «ça ne marchera jamais», aurait-il notamment entendu. A en croire certains témoins, le scepticisme se manifestait chez les «technos», attachés à «tenir bon» sur les réformes.

[Donc si l’on en croit le journaliste Alain Aufray de Libération ayant consigné ces lignes, il faut dire merci à notre Emmanuel pour avoir organisé ce grand débat. En fait n’oublie-t-il pas ce journaliste de service que c’est parce que depuis début septembre les gilets jaunes et les revendications diverses arpentaient le pavé ? MC]

A quoi bon encourager les gens à débattre si c’est pour leur répondre, in fine, que le gouvernement garde son cap, aurait logiquement fait remarquer l’austère secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. […] Ce n’était pas non plus la réponse spontanée […] à commencer par Édouard Philippe, le premier d’entre eux. «Il est vrai que nous étions plutôt focalisés sur le maintien de l’ordre. La réponse répressive était pour nous la priorité absolue», reconnaît un proche de l’un [des anciens « Républicain » passés dans le giron de LR–EM]

Le chef de l’État a tout de même pu compter, dès le début, sur le soutien de ceux qui voudraient faire prendre au quinquennat un cours moins libéral et plus social. […] Philippe Grangeon et […] François Bayrou, deux sexagénaires très écoutés par le Président.

Le premier, […] a toujours considéré que le centre de gravité de la macronie se trouvait plus du côté de Mendès France, Rocard ou Delors que de celui de De Gaulle ou de Bonaparte. […] De son côté, François Bayrou n’a jamais caché ses réserves sur les ardeurs libérales et technocratiques d’une partie de la majorité. Le chef du Modem voit dans ce débat l’amorce d’un rééquilibrage. […]

Marathons.

Le poids grandissant des seniors autour du chef de l’État, ce serait «la victoire des enracinés sur les déconnectés» croit pouvoir se réjouir un familier de l’Élysée.

A partir de juin prochain, l’inauguration de l’acte II du quinquennat devrait se traduire par un profond remaniement du cabinet présidentiel après le départ des « mormons », la jeune garde strauss-kahnienne qui accompagne Macron depuis le début de son aventure politique.

Avant que n’explose la colère des samedis [six derniers mois], Macron avait lui-même acté sa déconnexion : «Je n’ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants», reconnaissait-il le 14 novembre 2018, à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle.

Depuis mi-janvier 2019, il s’efforce de se reconnecter à la faveur d’interminables séances de questions-réponses avec les maires. Censés «bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la nation», ces marathons politiques sont dénoncés par toutes les oppositions comme des réunions de campagnes électorales qui ne disent pas leur nom.Difficile de leur donner tort.

Dans l’entourage du chef de l’État, on reconnaît d’ailleurs que l’exercice en cours rappelle le début de la présidentielle, quand Emmanuel Macron enchaînait, à l’automne 2016, les réunions consacrées au «diagnostic» de la France. La suite montrera que ce diagnostic était […] incomplet.

[Pas sûr qu’il faille attendre de grands bouleversements à l’issue de ce grand débat, le vaniteux Macron essaiera bien de reprendre la main, mais cela semble extrêmement difficile après ces mois de tension, de flottement, de tergiversations en annonce plus ou moins futiles ou déplacées. De plus les élections européennes n’arrangeront pas le rapprochement entre la population française, entre les partisans d’une France « franco-française » (les tensions en Algérie risquent en plus d’attiser les haines sur le sol français) et les partisans d’une Europe devenant sociale. MC]


Alain Aufray, Libération. Titre original : « Pour Macron, la reconnexion n’est pas assurée ». Source (extrait)