Étiquettes

, , , , , ,

Qu’à bien pu faire l’entreprise Vinci, écartée de la privatisation des aéroports de Paris, par le jupitérien de service ?

VINCI n’a plus la cote à l’Elysée pour la privatisation d’ADP, la société qui gère Orly et Roissy et dont l’Etat possède encore 50,6 % du capital. Comme le confie un interlocuteur du chef de l’Etat, « privatiser ADP au profit de Vinci n’est plus possible, car ce n’est plus un candidat politiquement présentable ».

Principal bénéficiaire de la vente des autoroutes et de ses péages, cibles récurrentes des gilets jaunes, le groupe de BTP jouit, selon l’un des conseillers de Macron, d’une image exécrable dans l’opinion. Et, ajoute le même, si Vinci proposait, pour acheter ADP, quatre fois plus que prévu, il y aurait encore une bonne partie des Français pour penser qu’une telle privatisation cache un coup fourré.

Apparemment, Bruno Le Maire à, lui aussi, réfléchi à la question. Répondant, le 6 mars, aux députés membres de la commission spéciale chargée d’examiner la loi Pacte, qui prévoit la privatisation d’ADP, il a évoqué clairement la possibilité de se limiter à « une cession partielle » des 50,6 % du capital d’ADP que possède l’Etat.

Or l’exigence de Vinci (premier opérateur aéroportuaire dans le monde) n’est pas d’être un actionnaire parmi d’autres. Son patron, Xavier Huillard, l’a dit et répété : il veut le contrôle de la boîte. Si tel n’est pas le cas, a-t-il déclaré il y a un an, « nous nous poserons la question de savoir si cela nous intéresse ». Il va donc pouvoir s’interroger !

Atterrissage délicat

Le ministre de l’Economie a lâché une autre information qui va défriser Vinci. « Les départements franciliens pourront participer à cette opération (…). Nous allons étudier ensemble dans quelles conditions cela pourrait se faire », a-t-il indiqué aux députés. Une participation qui écarte un peu plus Vinci, encore moins disposé à partager le pouvoir avec des coactionnaires publics.

En revanche, cette ouverture tombe à pic pour Patrick Devedjian, président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, et Pierre Bédier, son homologue des Yvelines, qui, depuis des mois, se démènent pour obtenir une part du futur ADP.

Leur plan ? Acheter 29,9 % du capital de la boîte pour 6 milliards. Et ce en alliance avec le fonds d’investissement français privé Ardian (ex-Axa Private Equity), notamment spécialisé dans les investissements dans les infrastructures.

« Nous mettrons 1 milliard et Ardian les 5 autres, dont un emprunt de 2 à 3 milliards », précise le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine. Mais comment s’assurer qu’Ardian, largement ma­joritaire, abandonnera ses objectifs de rendement au profit des préoccupations d’intérêt public des départements ? « Ils sont d’accord pour signer avec nous un pacte d’actionnaires en ce sens pour dix ans », assure Devedjian.

Crash en bout de piste

Ce programme, en tout cas, ne fait pas les affaires de Bercy, qui voulait privatiser ADP pour un objectif financier avoué : réunir une dizaine de milliards qui, placés à l’Agence France Trésor, rapporteront plus de 200 millions d’intérêts par an pour financer des start-up innovantes.

Or, la vente par morceaux risque de diminuer la recette. Notamment en privant l’Etat de la prime de contrôle – dans ce cas de 1 à 2 milliards qu’un acquéreur unique est prêt à verser pour acheter plus de 50 % d’une entreprise et disposer ainsi d’un contrôle total.

Enfin, toujours selon Devedjian, la vente aux départements et à Ardian « ne de­vrait pas donner lieu à appel d’offres, pour ne pas faire monter les prix, mais se faire de gré à gré ». Or, sur ce point, Le Maire a été clair, au moins jusqu’à aujourd’hui : « Il n’y aura pas d’opérations de gré à gré », a-t-il promis solennellement aux députés.

Un de ses conseillers explique : «Renoncer à un appel d’offres conduirait à vendre à prix cassé ADP à un fonds privé, même s’il se cache derrière l’alibi de collectivités publiques. Ce serait une faute de diminuer ainsi les recettes de l’Etat. »

Mais désobéir au chef de l’Etat serait une faute pire encore. Cruel dilemme…


Article non signé, lu dans « Le Canard Enchaîné ». 13/03/2019