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La scène se passe le 9 mars 2017, au Palais des congrès de Béziers.

Devant la presse locale et un public conquis, Robert Ménard lance sa grande soirée politique de mi-mandat, destinée à vanter ses exploits passés et à venir. Fanfare, apéro saucisson, ballons bleu-blanc-rouge…

Le show, qui a tout d’un meeting de campagne, a nécessité de longs mois de préparation. L’émotion doit être au rendez-vous : au côté de sa femme, la députée Emmanuelle Ménard, le maire extrême-droitier est venu annoncer à ses fans qu’il briguera un second mandat en 2020. Et qu’il compte rester longtemps à l’hôtel de ville !

Pour l’occasion, l’édile a fait distribuer aux 700 participants des plaquettes « Béziers 2030 » aux couleurs de la municipalité. Il y signe un vibrant édito sur la « véritable révolution qui s’opère dans notre ville. Une révolution de lumière, de beauté, d’espace », s’extasie-t-il, entre les photos de ses fiers policiers municipaux et les projets d’un nouveau centre-ville.

Clou du spectacle : un clip à la gloire de sa politique, intitulé « Béziers 2030, on vous annonce le futur », est projeté sur écran géant. Ce petit film de 4 minutes et 16 secondes (encore visible sur YouTube) énumère un à un les « grands travaux » de la ville, montre des terrasses de café bondées, des badauds heureux, un tramway, une navette fluviale, une nouvelle gare, et dévoile… des maquettes de futurs écoquartiers. Ce n’est plus le Languedoc, c’est l’Amérique !

« Béziers a repris sa marche en avant », « Béziers a des projets, une vision », « A Béziers, il fait bon vivre », martèle le film, conclu par un gros plan sur le théâtre municipal recouvert du logo « ville de Béziers ». Applaudissements de la foule en délire ! Le maire est aux anges, sa femme aussi…

Un festin de pierre

La fête, hélas, risque de ne pas durer jusqu’en 2030. Car ce coup de com’ a laissé de vilaines traces. Il a coûté 25.656 euros 21.960 euros pour le film et 3.696 euros pour la plaquette (tirée à 2.000 exemplaires).

Tout était marqué du sceau de Béziers… mais rien n’a été réglé par la mairie, ni par Ménard ou un quelconque parti.

Cette opération très politique a été financée par une boîte privée dont le nom n’apparaît jamais : Socri Reim, qui se trouve être le premier promoteur de la ville. Mais pas un promoteur de spectacles, non. A Béziers, Socri est omniprésent dans la pierre et la construction.

Dès 2010, il a bâti le Polygone, méga-centre commercial qui, à lui seul, réalise 100 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. En 2014, à peine élu, Ménard a consolidé l’entente avec le groupe immobilier.

Deux ans plus tard, Socri raflait les Galeries Lafayette, au terme d’un appel d’offres lancé par la mairie. Et ce n’est pas fini : le promoteur négocie actuellement avec Ménard pour la création de deux hôtels, la réalisation d’un complexe avec golf dans le quartier Fonseranes et la réfection d’un grand parking.

Bien entendu, Socri compte sur le maire pour que ses aménagements s’effectuent sans obstacle (pour le moment, tout va bien, merci !) et qu’ils se développent en harmonie avec les projets municipaux (tramway, navette fluviale, etc.).

C’est beau comme du donnant-donnant : Robert Ménard veille au bon développement de Socri, qui finance la com’ de Ménard Robert !

Pas sûr que les garants mesquins du Code pénal apprécient…

Des documents tombés dans le bec du. « Canard » le confirment : une solide relation s’est nouée entre le PDG de Socri, Nicolas Chambon, et le facétieux maire.

Dès l’été 2016, à la demande de Ménard, les deux hommes se sont entendus pour organiser sa folle soirée de mi-mandat et en mettre plein la vue à ses admirateurs biterrois !

Dérive et des rêves

A partir de septembre 2016, l’édile et son entourage multiplient les échanges et les réunions avec leur promoteur préféré, réglant l’opération « Béziers 2030 » dans les moindres détails.

Le PDG de Socri suit à la lettre les exigences de Ménard (ajouter toujours plus d’images et de mousse dans le film et la plaquette, mettre en avant le blason de sa ville, etc.). Mois après mois, il l’informe des avancées de l’opération. Le 15 décembre 2016, par exemple, Ménard reçoit un chaleureux message de Chambon l’invitant à « une réunion pour faire le point » sur l’opération « Béziers 2030 : le centre-ville de mes rêves ».

A mesure que le maire valide, le rêve devient réalité Tantôt son ex-directeur de cabinet, Jean-Michel Bassat (parti depuis), envoie à Socri l’édita rédigé par Ménard pour insertion dans la plaquette ; tantôt le chef de la com’, Arthur Bachès, fournit des images idylliques de Béziers pour la réalisation du film.

En janvier 2017, pris d’un doute soudain, le même Arthur Bachès écrit pour « [s]’assurer [que] la prise en charge par Socri » tient toujours.

Pas de panique, c’est garanti sur factures !

Après le succès de la soirée du 9 mars, le groupe immobilier passe bien à la caisse. En avril 2017, Socri règle d’abord les 3.696 euros de la plaquette à la boîte de conseil de Montpellier qui l’a confectionnée, Studio B. Un mois plus tard, Nicolas Chambon verse les 21.960 euros correspondant au montage et à la réalisation du film à Golem, une agence de com’ marseillaise.

Quelques mois après son élection, pas gêné, Ménard avait fait référence à Jean Moulin, natif de Béziers, pour s’écrier : « Je suis un résistant, comme lui ! »

Il n’aura pourtant pas résisté longtemps à certaines tentations…

 »C’est quoi, le problème ? »

Joint par « Le Canard », Robert Ménard répète : « C’est quoi, le problème ?

Pour l’impayable maire, tout cela « n’est pas de la communication politique, mais de la promotion de la ville de Béziers ». Et d’en rajouter : « Socri est un gros partenaire. Chaque fois qu’ils font la promotion de Béziers, c’est une bonne chose pour moi (…).Je suis fier d’amener une entreprise à faire la promotion de la ville, je recommencerai sans hésitation ! »

Le film qui chante les louanges de ses projets ?

« Il n’y a pas une seule fois le nom de Ménard », classe-t-il. Mais il y a le logo de sa mairie : « Eh bien, tant mieux ! S’ils mettent le logo de la ville, bravo ! » Et la plaquette à la gloire du maire ?

Ménard raconte la même fadaise que le groupe immobilier « Elle a été financée dans le cadre d’un marché public de redynamisation du centre-ville confié à Socri en 2015. On l’a retirée, on a le droit de la rééditer. » Problème : ledit marché a cessé le 19 mars 2016 et n’a pas été renouvelé. Difficile, donc, de s’en prévaloir pour une plaquette réalisée et imprimée en 2017.

Mais y a pas de problème si Môsieur Ménard le dit!

Dessin d’Aurel dans le « Canard Enchainé » du 13/03/2019

« C’est quoi, le problème ? »


Joint par « Le Canard », Robert Ménard répète : « C’est quoi, le problème ? ».
Pour l’impayable maire, tout cela « n’est pas de la communication politique, mais de la promotion de la ville de Béziers ». Et d’en rajouter : « Socri est un gros partenaire. Chaque fois qu’ils font la promotion de Béziers, c’est une bonne chose pour moi (…). Je suis fier d’amener une entreprise à faire la promotion de la ville, je recommencerai sans hésitation ! »

Le film qui chante les louanges de ses projets ?
« Il n’y a pas une seule fois le nom de Ménard », classe-t-il. Mais il y a le logo de sa mairie : « Eh bien, tant mieux ! S’ils mettent le logo de la ville, bravo ! »

Et la plaquette à la gloire du maire ?
Ménard raconte la même fadaise que le groupe immobilier « Elle a été financée dans le cadre d’un marché public de redynamisation du centre-ville confié à Socri en 2015. On l’a retirée, on a le droit de la rééditer. » Problème : ledit marché a cessé le 19/03/2016 et n’a pas été renouvelé. Difficile, donc, de s’en prévaloir pour une plaquette réalisée et imprimée en 2017.
Mais y a pas de problème si Môsieur Ménard le dit!

Un projet Internet fort cher

En 2018, Socri Reim a de nouveau commencé à financer une opération de com’ de Ménard : la création d’un site Internet, « incroyablebeziers.fr », et d’un dépliant touristique.

Objectif : claironner au niveau national que Béziers est magnifiquement géré, afin d’y attirer une population aisée.

Le cabinet du maire et son ami Nicolas Chambon, le patron de Socri, ont supervisé le projet des mois durant. Fin 2018, le groupe privé avait déjà engagé 23.500 euros. Mais le projet vient d’être stoppé net.

La peur d’attirer les ennuis plus que les touristes ?


Articles signés de Christophe Nobili- le Canard enchaîné 13/03/2019