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Les associations jouent un rôle indispensable dans la société actuelle notamment en s’érigeant contre l’individualisme latent.

Thèse I: Les associations ne sont pas épargnées par les politiques de rigueur ni la financiarisation.

Les Associations ont un rôle indispensable dans notre société, le fait qu’elles constituent l’un des fondements de la démocratie, et qu’elles sont aussi un moyen principal d’initiatives du peuple depuis deux siècles et œuvrent dans l’intérêt général et le bien commun. […] Avec la disparition des emplois aidés, beaucoup d’associations ont dû diminuer leurs activités et beaucoup ont disparu. Alors qu’elles assurent au sein des territoires d’innombrables tâches indispensables, les associations citoyennes sont systématiquement méprisées et progressivement étranglées.[…]

Thèse II : Une mobilisation et des luttes qui ne sont pas nouvelles.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, le nombre d’associations continuent à augmenter. Elles sont un million cinq cent mille dans notre pays et regroupent vingt-trois millions de bénévoles, de citoyens qui s’engagent et prennent sur leur temps et souvent sur leurs ressources pour des actions de solidarités, d’aide, pour créer de la vie en société, pour sortir de la mesquinerie du marché.

[…] Ce sont le plus souvent elles qui détectent les besoins nouveaux, les évolutions dans la société et y font face avec imagination et souvent trop peu de moyens. Un des exemples les plus récents est certainement « les restos du cœur » […]

Thèse III : Les associations ne sont pas des « corps intermédiaires ».

[…] Un million quatre cent quatre-vingt-dix mille (1.490.000) associations au moins structurent le monde associatif et interviennent dans tous les secteurs de la société (santé, social, loisir, sport, éducation populaire, soutien scolaire, environnement, défense des consommateurs, défense des droits et libertés, soutien aux plus démunis et lutte contre la misère, etc.) . Aucun aspect de la vie en société n’échappe à leur activité (1).

[…] Aussi cette notion qualifiant les associations de «corps intermédiaires» qui au demeurant arrangent bien les gouvernants, la sociologie et les médias, ne saurait correspondre à ce que sont les associations. […]

Thèse IV: Les associations facteur d’émancipation.

Les associations citoyennes parce qu’elles créent du collectif sont facteur d’émancipation. Elles sont un lieu de débat et d’élaboration en commun, un lieu d’éducation partagée et d’auto-éducation à la citoyenneté où chacun peut participer selon ses capacités dans le respect de tous. Parce qu’elles définissent elles-mêmes leur «utopie», par l’action qu’elles décident, elles bousculent voire remettent en cause l’ordre établi. Elles sont de ce fait soumises en permanence à la pression des autorités publiques, voir des financeurs.

Par leur capacité à déjouer le risque d’instrumentalisation elles peuvent apporter beaucoup dans les mouvements sociaux en termes d’organisation et de cahiers de revendications. En se renouvelant, en expérimentant et en innovant en permanence pour répondre aux évolutions auxquelles elles sont directement confrontées, elles améliorent la vie quotidienne et tracent des perspectives et des espérances de progrès pour tous. La non-lucrativité inscrite dans leur raison d’être les conduit à privilégier la coopération plutôt que la concurrence, à refuser la marchandisation croissante de notre société.

Foncièrement, par l’association libre d’individus égaux, les associations font la démonstration que les femmes et les hommes sont capables de se gouverner eux-mêmes et de s’atteler (2) collectivement à la tâche vitale consistant à construire une société plus solidaire, durable et participative.

Thèse V: Les associations et les transitions.

Les associations sont depuis longtemps engagées dans les transitions. Qu’elle soit, culturelle, sportive, écologique, énergétique, économique, etc. Elles les traitent dans un même mouvement et ne les séparent pas. […]

Thèse VI: Les associations, l’intérêt général, les services publics.

Les gouvernements depuis des années ont déserté l’intérêt général. […] Avec tous les cadeaux et subventions consenties aux entreprises il n’est pas surprenant qu’il ne reste plus d’argent pour les services publics. En outre comme il faut bien compenser ces libéralités, le gouvernement tape sur les pauvres (ils n’ont pas beaucoup d’argent mais ils sont nombreux diminution de l’aide au logement (APL), hausse de 1,7% de la CSG et désindexation des retraites sur l’inflation…) et sur les services publics essentiels, 30 milliards d’économies sur la fonction publique d’ici 2022, (1,5 milliard d’économie sur les hôpitaux en 2018, baisse des crédits de la politique de la ville de 11% en 2018, etc.)

Ce sont de plus en plus les associations qui se substituent dans l’urgence et avec des moyens limités aux autorités publiques pour maintenir un minimum de cohésion sociale et de solidarité.

Thèse VII: Associations et «philanthropie à la française». (3)

Gabriel Attal, secrétaire d’État chargé de la jeunesse, a proposé le 29 novembre 2018 de répondre aux problèmes de financement des associations par le développement d’une «philanthropie à la française». Cette proposition est plutôt singulière.

Les budgets des fondations d’entreprises du CAC 40 représentent en moyenne 3% des dividendes versés aux actionnaires. Les fondations françaises distribuent environ 1,5 milliard d’euros et le mécénat d’entreprise à peu près autant. Cela représente 3% du budget consolidé des associations.

En regard, les subventions publiques aux associations (État plus collectivités) ont diminué de 16 milliards en l’espace de 12 ans, et la disparition des contrats aidés représente une diminution supplémentaire de près de 3 milliards d’euros en l’espace de 3 ans. […]  Quand M. Bernard Arnault met en place la fondation Louis Vuitton au bois de Boulogne, avec 600 millions € de deniers publics (75% de défiscalisation) (4) pour un budget total de 800 millions, il travaille essentiellement à son image pas au financement des associations ou même à l’intérêt général. «La philanthropie, c’est voler en grand et restituer en petit», disait Paul Lafargue. […]  Comment la philanthropie pourrait-elle lutter contre les inégalités sociales alors qu’elle en est le produit et le moteur en raison notamment de l’évasion fiscale qui accroît ces inégalités? […] 

Thèse VIII: Les plans du gouvernement pour les associations et l’économie sociale et solidaire (5).

Jeudi 29 novembre 2018, le gouvernement annonçait par la voix de Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale, «Un plan d’action pour une politique de vie associative ambitieuse et le développement d’une société de l’engagement» et par celle de Christophe Itier, Haut-commissaire à l’Économie Sociale et Solidaire et à l’Innovation sociale, un «Pacte de croissance de l’Économie Sociale et Solidaire».

Rappelons que 80 % des structures de l’ESS sont des associations. Les deux communications doivent donc être examinées ensemble afin d’en saisir la véritable portée. Sur la méthode, le défaut de prise en compte des acteurs (et des collectivités territoriales) domine. La mobilisation des associations suite à la suppression brutale des emplois aidés a permis le lancement d’une «concertation» avec les associations en novembre 2017.

Toutefois, après une consultation menée tambour battant en deux mois et demi et la remise par les réseaux associatifs d’un rapport comprenant 59 propositions débattues et partagées, il a fallu attendre six mois pour que le gouvernement annonce ses propositions. Le «Plan de croissance de l’ESS» quant à lui, n’a fait l’objet d’aucune discussion avec les acteurs de l’ESS (le conseil supérieur de l’ESS, espace de dialogue avec l’État, n’a pas été réuni en 2018).

La méthode adoptée témoigne du peu de considération pour les difficultés que voient et vivent ces acteurs qui agissent et entreprennent quotidiennement au plus près des besoins de nos concitoyens. Les deux plans publiés le 29 novembre 2018 sont bien loin de répondre à l’urgence de la situation. […]

Aucun changement de cap n’est annoncé pour tenir compte de la nécessaire transition solidaire, sociale, culturelle et écologique, qui passe d’abord par une co-construction assumée entre l’action publique et les initiatives citoyennes qui créent la richesse collective et solidaire. Le plan pour la vie associative se caractérise surtout par «l’ouverture de travaux à venir» et (6) l’absence de moyens, ne serait-ce que pour compenser le 1,8 milliard d’euros de pertes de financement en deux ans du fait de la disparition des emplois aidés.

 Aucune mesure budgétaire nouvelle n’est prévue pour 2019. […]   Rien que dans le secteur culturel, c’est 6000 emplois associatifs qui ont été détruits ces dernières années Et on apprend que le nombre de contrats aidés transformés en Parcours emploi compétences va être divisé par deux en 2019. Cette politique détruit le tissu associatif dans les villes, les quartiers, les campagnes et casse toujours plus les solidarités locales que les associations maintiennent encore, avec difficulté. Cette politique témoigne aussi d’une injonction toujours plus forte à se soumettre au marché et à la concurrence.

Les associations et les initiatives solidaires sont sommées d’adopter le modèle lucratif et capitalistique, de s’endetter auprès des banques et des fonds d’investissement dominés par les multinationales, de séduire les grandes entreprises pour espérer quelques subsides. […]

Nous réaffirmons que le véritable enjeu est ailleurs. On ne peut pas faire l’impasse sur l’apport des associations à la promotion de l’intérêt collectif et à la défense de l’intérêt général. Les associations sont des espaces de démocratie, d’entraide et de pouvoir d’agir. Elles proposent des services de qualité à haute valeur humaine à toutes et à tous, et notamment aux personnes qui souffrent le plus du fractionnement de la société, de la disparition des services publics, des difficultés d’exercice de leurs droits sociaux et culturels.

Et pourtant, elles ont «perdu» 16 milliards de subventions en 12 ans. Rappelons que dans le même temps, la dépense publique n’a jamais été aussi forte et que le CICE disposait d’un budget de l’ordre de 20 milliards d’euros/an pour un résultat dont on ne peut que constater le peu d’impact […]

Thèse IX: Subvention aux associations.

Les deniers publics sont ceux des citoyens. Ce sont les impôts et contributions des citoyens qui alimentent pour l’essentiel les caisses des autorités publiques aussi bien locales, nationales qu’européennes.

Les élus à quelque niveau que ce soit n’en sont que les gestionnaires temporaires. Les associations en France regroupent 23 millions de citoyens qui s’associent pour un objet qu’ils définissent et qui souvent recoupe l’intérêt général. Il est donc normal qu’une partie de cet argent revienne à la société civile. Pour les associations qui travaillent dans le désintéressement matériel (elles sont toutes à but non lucratif, contrairement aux entreprises dont le but unique est le profit) pour le vivre ensemble, le bien commun et l’intérêt général, il est logique et légitime de trouver des moyens d’action via les subventions. L’injonction de plus en plus forte à «revoir le modèle économique des associations» (voir la thèse VIII ci-dessus), c’est-à-dire accepter de voir l’argent public remplacé par l’argent privé (cf la philanthropie) est d’autant plus malvenue que les cadeaux fiscaux et d’exonérations de cotisations sociales aux entreprises privées sont de plus en plus exorbitants et que les 2/3 des apports des mécènes ou philanthropes sont défiscalisés, donc de l’argent public détourné par des personnes privées qui en choisissent l’usage dans l’arbitraire, sans contrôle.

Thèse X: Démocratie et associations.

Les associations sont aussi une école de la démocratie et de la citoyenneté. Leur fonctionnement est collectif (ce qui ne veut pas dire que tout y est parfait) avec des réunions des instances régulières et adoption du budget ressources et dépenses. Elles sont donc un lieu de débat permanent avec un fonctionnement commun et la recherche de la solution qui convient le mieux à tous les participants.

Lieu d’engagement volontaire, elles favorisent l’expression de chacun et une participation de chacun avec son accord, sinon il n’y a pas d’association possible. […]


Source (Extrait) http://www.associations-citoyennes.net/wp-content/uploads/2019/01/DIx-th%C3%A8ses-9-1-19-ok.pdf


  1. Voir la déclaration «Nous sommes la société civile» dans la brochure du CAC «De quoi nos gouvernants sont-ils le masque?»
  2. Cette thèse reprend une grande partie d’un article de Jean Claude Boual et de Didier Minot paru dans l’Humanité du mardi 4 décembre 2018 dans la rubrique «Les rendez-vous de l’économie sociale § solidaire».
  3. Il ne faut jamais oublier que sans la défiscalisation (entre 60 et 75% des sommes données), la philanthropie n’existerait pas dans les mêmes conditions. Pour les deux tiers les dons sont donc de l’argent public.
  4. Cette thèse reprend le communiqué commun du CAC et du MES du 5 décembre 2018.
  5. « La France Associative en Mouvement», 16ème édition, Septembre 2018, Recherche et Solidarités.
  6. Crée par dans le quinquennat de François Hollande pour soutenir l’emploi, le CICE (Compte innovation compétitivité emploi) accordé sans contrôle aux entreprises (notamment à celles du CAC40 et à toutes les grandes entreprises) coûte 20 milliards par an au budget de l’État, chaque emploi créé revenant d’après les études effectuées sur son efficacité entre 240 000 à 400 000 euros, une aubaine pour le patronat. Transformé en exemption de cotisations sociales par E macron en 2019, cette mesure coûte le double au budget 2019 (20 milliards pour le CICE 2018 et 20 milliards d’exonérations).
  7. SUEUR, J.-P., & PORTELLI, H. (2014). Les contrats de partenariats : des bombes à retardement ? (No. Rapport d’information n° 733). Commission des lois du Sénat. Consulté à l’adresse http://www.senat.fr/rap/r13-733/r13-733.html