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Décidément, le grand débat national sert à tout, même au lobby pharmaceutique, qui n’hésite pas à le détourner à son profit !

Le 12 mars, l’ Agipharm, le lobby qui regroupe tous les labos américains (Pfizer, Gilead, etc.), organise un raout à la mairie du XVIIe arrondissement parisien en présence du maire, Geoffroy Boulard, Les Républicains (LR). Sous le logo du grand débat, l’invitation mélange allègrement les genres : « L’ Agipharm et la mairie du XVIIe vous invitent à venir partager vos attentes et propositions » sur la santé et l’« accès aux médicaments innovants ».

Vitrine magique

« C’est du délire ! sursaute Yann Mazens, de France Assos Santé, la fédération des associations de patients. Il est scandaleux que l’industrie pharmaceutique se serve du grand débat pour véhiculer son discours. » Car le thème de la soirée n’a pas été choisi par hasard. Depuis des mois, l’industrie mène un lobbying d’enfer auprès du gouvernement pour accélérer la mise sur le marché des médocs qu’elle présente comme innovants, en jouant du violon sur le thème : « Les malades ne peuvent pas attendre. »

« L’industrie veut alléger l’évaluation des médicaments, mais c’est très dangereux du point de vue de la sécurité sanitaire, alerte Yann Mazens. Ce n’est pas aux laboratoires d’organiser ce débat d’intérêt général. »

Le maire, lui, joue les étonnés auprès du « Canard » : « Ah bon ? Il y a des gens que ça gêne ? C’est une habitante de l’arrondissement, qui travaille pour le laboratoire américain AbbVie, qui m’a demandé si on pouvait louer la salle. » Et d’ajouter, pour tenter de relativiser : « La mairie accueille le débat, mais c’est Agipharm qui l’organise. »

Encore merci pour ses bons offices !


Isabelle Barré. Le Canard Enchaîné du 06/03/2019