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Le débat n’est pas nouveau mais il a pris du poids avec « crise des Gilets jaunes » et la défiance vis-à-vis des politiques : la reconnaissance du vote blanc. Emmanuel Macron l’a inscrit comme l’un des thèmes du Gand débat.

Le 7 mai 2017, lors du second tour de la présidentielle, trois millions de Français ont voté blanc et un million a rendu un bulletin nul. Douze millions d’électeurs inscrits (1) se sont abstenus (25,44 %,), soit plus que le nombre de voix recueilli par Marine Le Pen (un peu plus de 10 millions). Le vote blanc progresse élection après élection. La question d’une reconnaissance autre que symbolique se pose.

Un débat qui avance

Dans son allocution télévisée du 10 décembre, Emmanuel Macron s’est dit ouvert au débat sur la prise en compte du vote blanc. Le 31 Janvier, lors d’un dialogue avec des Jeunes à Juvizy, le Premier ministre a reconnu que le vote blanc était une vraie demande. Sur la plate-forme du Grand débat, les contributions sont nombreuses et ont souvent dans le même sens : oui à la reconnaissance du vote blanc.

Sur le site Change.org, une pétition en ligne recueille encore des signatures : actuellement 289.000.

Que dit la loi actuelle ?

La loi du 12 février 2014 visant reconnaître le vote blanc aux élections a conduit à ce que les bulletins blancs et nuls ne soient plus mélangés : ils, sont comptabilisés de façon séparée. Ils n’entrent pas en compte dans les suffrages, exprimés mais les résultats des scrutins les mentionnent.

Ce qui changerait

Emmanuel Macron a été élu avec 66 % des suffrages. Avec la prise en compte du vote blanc, son score serait tombé à 60 % et celui de Marine Le Pen à 31 %. Cela reste très haut.

En revanche, en 2012, François Hollande aurait été élu avec 48,63 % des voix en prenant en compte les blancs et les nuls (la distinction entre les deux n’existait pas à l’époque) et Jacques Chirac aurait gagné en 1995 avec 49,5 % des voix.

Pour les législatives de 2017, certains députés élus en duel n’auraient pas passé la barre des 50 %. C’est le cas de Manuel Valls (divers gauche, Essonne), d’Aurélien Pradié (LR, Lot), de Louis Aliot (FN, Pyrénées-Orientales), Adrien Quatennens (La France insoumise, Nord).

Cela dit, la loi stipule que dans ces scrutins majoritaires uninominaux, au second tour le candidat arrivé en tête est élu. Il est possible qu’un débat sur la légitimité des élus à moins de 50 % des voix soit ouvert. Car si la reconnaissance du vote blanc ne consiste qu’à le comptabiliser dans les suffrages exprimés, cela ne changera pas grand-chose. En revanche, s’il s’agit d’ouvrir la possibilité d’invalider une élection ou d’empêcher une majorité absolue, c’est le système électoral qu’il conviendra de modifier.

Que disent les politiques ?

La mesure ne figurait pas au programme des trois premiers à l’élection présidentielle : Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Filon. Elle était dans la plupart des autres programmes. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise (FI)) y est favorable mais avec le vote obligatoire comme contrepartie. Benoit Hamon (Génération.S) y est très favorable et plaide même qu’un nouveau scrutin soit organisé s’il est majoritaire. Même chose pour Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) qui ne souhaite pas que dans ce cas-là les candidats battus puissent se représenter.


Un article signé de Nathalie MURET, paru dans le Dauphiné Libéré du 04/03/2019.


(1) Le Centre d’études de la vie politique (Cevipof) estime à 14% le seuil d’abstention incompressible en France. À noter aussi que la forte abstention dans les DOM-TOM (46,5 % en 2017) relève le taux par rapport à beaucoup de nos voisins.


Les votes blancs avantagent les grands partis.

Qui seraient les principaux perdants si les bulletins blancs étaient intégrés dans le calcul du vote ?

La réponse ne résiste pas à l’analyse mathématique, financière et politique : les petits partis, les petits candidats seront les plus lésés. Pourtant et paradoxalement ce sont les petits partis qui soutiennent plus cette reconnaissance que les grands.

Explications en trois points.

1. Les calculs

Les seuils pour le maintien ou des fusions au second tour sont calculés soit sur les suffrages exprimés (municipales, régionales), soit sur les inscrits (départementales législatives). Dans le premier cas, plus il y aura de bulletins blancs, plus le score pour rester en lice ou fusionner devra être élevé.

  • Actuellement, une liste qui obtient 11 % des exprimés à une élection municipalé, par exemple, peut rester au second tour. Avec 11 % de bulletins blancs, elle passe sous la barre des 10 % et se voit éliminée.
  • Dans le second cas, celui du calcul sur les inscrits ne change rien. C’est le niveau d’abstention qui, restera déterminant.
  • En revanche, si les votants (exprimés + blancs) deviennent le critère au lieu des. inscrits, les chances de voir des triangulaires augmenteront.

2. L’argent

Financièrement, sauf pour les Européennes (3 %), les remboursements sont déclenchés à partir de 5 % des suffrages exprimés. La prise en compte du bulletin blanc relèvera également ce seuil.

  • En 2002, par exempte; Arlette La-piller (5,7 %), Noël Mamère (5,22 %) et Jean-Pierre Chevènement (5,32 %) n’auraient pas été, remboursés.

Déjà pas évidentes, ainsi l’obtention de prêts et les levées de fonds pour, les « petits candidats »; vont devenir encore plus compliquées.

3. Les comportements politiques

Le ressort du vote blanc est avant tout protestataire: S’il est comptabilisé, le bulletin blanc deviendra l’objet du vote sanction, le bon recours pour les électeurs qui votent par exemple contre une majorité sortante sans forcément adhérer à un autre candidat, un autre parti

Le vote blanc augmente ce qu’on appelle « la prime » au sortant en captant les votes sanction par rapport aux adversaires, grands ou petits, et recentre le choix de l’électeur sur l’adhésion au candidat et l’utilité du suffrage exprimé.


Lexique

Vote nul: considéré comme un rejet de l’offre politique. C’est un bulletin déchiré ou annoté ou non réglementaire (format différent, autre couleur, etc.). Il n’est pas pris en compte car il contrevient au code électoral.

Vote blanc: considéré comme une insatisfaction face au choix des candidats, il prend la forme d’une enveloppe vide ou d’un bulletin vierge, du même format qu’un bulletin officiel.

Suffrages exprimés : c’est, nombre de suffrages enregistrés pour une liste ou pour un candidat car ils ne sont ni blancs ni nuls.

Participation électorale : c’est le nombre d’électeurs qui ont choisi de voter. La participation est un pourcentage entre le nombre de votants et le nombre de personnes inscrit sur les listes.

Abstention : ne participer d’aucune manière.