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[Le grand débat aura au moins permis de mettre à jour, un thème latent pourtant bien présent depuis de très nombreuses années, se traduisant par une abstention de plus en plus grande dans toutes les consultations électorales ; à savoir, une haine à l’égard des représentants politiques, qui ne défendent que les intérêts des leurs. MC]

[Les habitants du 11e arrondissement de Paris ont récemment été invités dans un café réquisitionné pour le « grand débat ». L’invitation émanait de la République en marche (LR-EM), pour débattre notamment de la fiscalité, un des thèmes choisis (imposés ?) par Macron. Mais les habitants sur ce sujet auront du mal à s’entendre, se coupant, s’interpellant et déviant sur d’autres thèmes  enflammant l’assemblée] :

  • Une démocratie égalitaire,
  • Imposer le référendum d’initiative citoyenne (RIC),
  • Revenir au référendum de 2005,
  • Interdire tous « privilèges » aux élus,
  • Revoir à la baisse les salaires des hauts fonctionnaires,
  • Homogénéité sociale des élus,
  • Destitué tous élus condamné par une justice équitable …

Les sujets se bousculent de manière décousue. Sous les yeux médusés du député de la majorité, Pacôme Rupin (LaREM), qui peine à défendre les idées de la Macronie.

Les citoyens veulent que les élus se consacrent à l’intérêt général

Cette crise démocratique, que ne veut pas entendre la majorité présidentielle, et s’est exprimée de façon condamnable […]. Le ressentiment (voire la haine) à l’égard des élus s’est démultiplié sous le slogan « tous pourris », jusque-là porté par l’extrême droite.

Si le politologue Bruno Cautrès observe que « les citoyens ont le sentiment que les hommes politiques les ont laissés sur le bas-côté de la route », c’est bien parce que 85 % des sondés par le Cevipof à la mi-décembre (pic de la mobilisation) pensent que les politiques ne se préoccupent pas des Français comme eux. Le chercheur pointe ainsi un « sentiment d’abandon » de la part de nos représentants et un « très fort sentiment qu’ils vivent dans une forme de bulle, de caste à part, (ce) qui génère un sentiment de manque de respect ».

74 % disent que les élus sont déconnectés de la réalité.

Quand Benjamin Coriat, des Économistes atterrés, parlait en décembre d’un « président affairé à sauver les siens », ayant permis la suppression de l’ISF et la flat tax, le sociologue Nicolas Duvoux estimait que « le choix de favoriser ceux qui sont déjà les plus aisés a accrédité l’idée que le pouvoir s’était rangé du côté des vainqueurs et converti leur fortune en morale ».

En cela, la majorité a une responsabilité, selon le président d’Anticor, Jean-Christophe Picard, incarnée dans son manque de volonté de lutter contre la fraude fiscale et la corruption. Un « impératif moral » puisque, pour « se serrer la ceinture, les citoyens veulent qu’en échange les élus se consacrent à l’intérêt général ». Mais aussi économique, car « ces pratiques impactent, par un manque à gagner, le niveau de vie de la majorité des Français, les services publics ou encore les prestations sociales », principales revendications des gilets jaunes.

Les députés de LR–EM n’ont pas compris le message des Français

Le sentiment de persécution à l’égard des gilets jaunes poursuivis par la justice s’y est vite ajouté. […] Les peines infligées certains gilets jaunes, étaient également comparées aux condamnations [différenciées notamment] pour fraude fiscale, détournements de fonds publics, corruption… les affaires, impliquant majoritairement une droite affairiste, secouent la vie politique française depuis des années.

[…]Celles qui ont secoué Nicolas Sarkozy ne se comptent plus sur les doigts d’une main (financement libyen de la campagne de 2007, Bygmalion, arbitrage Tapie, Karachi, les sondages de l’Élysée, affaire Bettencourt…).

Pendant la campagne de 2017, c’est l’affaire du Penelopegate qui éclate. Là-dessus, le candidat Emmanuel Macron se présente comme celui du « renouveau démocratique » et fait la promesse d’« interdire définitivement (des) pratiques d’un autre temps ». Sa loi de moralisation de la vie publique, avec l’interdiction des emplois familiaux, sera alors portée par le ministre François Bayrou, avant que soit divulguée une affaire d’emplois supposés fictifs au Parlement européen.

« La majorité n’a pas compris le message des Français et l’exaspération. Ils font comme avant et risquent d’être à terme balayés », analyse Jean-Christophe Picard, pour qui l’un des symboles est la nomination au Conseil constitutionnel d’Alain Juppé, condamné en 2004 dans l’affaire des emplois fictifs du RPR.

En ce sens, le sentiment de « tous pourris » prend aussi sa source dans cette capacité à « réhabiliter démocratiquement » ces élus, quand bien souvent ils ne sont pas inquiétés par la justice. […]


D’après un article signé d’Audrey Loussouarn – Source (extrait)