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Vanté comme une merveille de réussite à venir, le sommet de Hanoï, au Vietnam, entre Donald Trump et Kim Jong-un, s’est soldé jeudi 28 février 2019, par un échec.

[…] … [devant le Congrès à Washington (et donc sous serment) celui qui fut dix ans durant le factotum juridique du président Trump : Michael Cohen a brossé de l’actuel président américain un tableau très anxiogène de la personnalité du maître de la Maison-Blanche. MC.]

En vue de sa réélection en 2020, [Michael Cohen a dit que] M. Trump a un plan en trois parties, capable de mobiliser une base inoxydable et donc à même de lui apporter les 30 % nécessaires pour triompher dans l’écosystème prétendument démocratique américain :

  1. Un pays roulant à nouveau sur l’or ;
  2. Un pays tenant éloigné le reste du monde appâté ;
  3. Un pays déminant les dangers extérieurs … tout en usant du bâton (l’Iran) comme de la carotte (la Corée du Nord).

Le Nord Coréen : même pas peur

Le bluff de Donal Trump, qui lui tient lieu de politique, la bravade qu’il confond avec la bravoure et l’esbroufe qui fait chez lui office de stratégie ont relégué son grand jeu nord-coréen au rang de désinvolture caractérisée. Le tour de force n’était qu’une duperie, qui tomba sur un maître ès-feintises : le despote de Pyongyang. Avant de repartir bredouille, l’hôte de la Maison Blanche a semblé découvrir la lune : « En substance, ils voulaient que les sanctions soient entièrement levées ; nous ne pouvions pas le faire. » Le 45e président américain n’en revenait pas de n’avoir pu faire illusion…

Donald Trump est obnubilé par son estime de soi, ainsi que l’a décrit Michael Cohen devant le Congrès.

Ce président, venu des affaires et ne les ayant jamais quittées, est persuadé que tout s’achète et se vend, à commencer par le désir de rejoindre le paradis capitaliste qu’il croit incarner (d’où ses compliments adressés à un Vietnam s’adonnant aux joies du marché, que la Corée du Nord serait bien inspirée d’imiter). Le tout mâtiné d’un certain racisme, sur lequel a insisté Michael Cohen, qui autorise certainement M. Trump à croire que ce n’est pas un Asiatique qui pourrait lui en remontrer dans l’art de négocier.

Sûr de lui, paresseux et rogue, le président s’en est donc allé, avec ses idées tragiquement simples, vers l’Extrême-Orient fort compliqué. Il a donné tous les gages possibles, sur la forme et dans le domaine de la rhétorique, au tyran néo-confucéen dont il avait déclaré être tombé « amoureux », ce Kim qui le bombarde de « magnifiques lettres », cet homme « honorable », « ouvert », « drôle » et doté d’une sacrée personnalité. En s’abaissant ainsi à flagorner un assassin (allant jusqu’à l’absoudre de la mort de l’étudiant américain Otto Warmbier broyé dans les geôles nordistes), le président Trump s’est aliéné l’opinion publique américaine éclairée, tout en ne gagnant rien du côté de son interlocuteur.

M. Kim n’a que faire du narcissisme condescendant d’un septuagénaire dont le second mandat n’est pas assuré, qui n’aura de surcroît plus son mot à dire au-delà de l’an 2024, alors que le potentat de Pyongyang a pour lui le long terme sinon l’éternité : dans 50 ans, en 2069, il n’aura jamais que 84 ans, […]

Qui est donc le pot de fer dans cette affaire, sinon Kim Jong-un, sur lequel allait se casser les dents un colosse aux pieds d’argile (électorale) : The Donald ?

Le fiasco de Hanoï se mesure à l’aune de la jactance de M. Trump, bonimenteur planétaire ayant vanté les monts et merveilles d’une rencontre au sommet, d’où allaient ruisseler de mirifiques progrès transformant la péninsule coréenne en corne d’abondance. Cette infinie hâblerie connut un coup d’arrêt, clair et net. […] .

[…]… en plus, le chef de la première puissance mondiale, imprécis, impréparé, impolitique, se fait retoquer comme un bleu par le troisième Kim d’une dynastie communiste traçant son sillon nucléaire (inscrit dans la Constitution), mais culminant au 116e rang mondial – entre la Bosnie-Herzégovine et le Zimbabwe –, selon le classement des Nations unies (par PIB nominal, 2016).

Trump a les codes nucléaires états-uniens, mais il ne possède pas les codes sémiologiques, anthropologiques et politiques nord-coréens. Or tout est codifié à Pyongyang. […]

La porte-parole du président Trump, Sarah Sanders, a ainsi assuré que les contacts n’étaient pas rompus, que le sommet avait donné l’occasion de rencontres « très bonnes et constructives » et que les deux équipes avaient prévu de se retrouver « dans le futur ».

Première victime collatérale de ce coup d’arrêt de Hanoï : le président sud-coréen. Moon Jae-in se voit en effet stoppé dans sa stratégie très fine : construire les bases d’un rapprochement intercoréen, condition d’une future Corée coréenne, en faisant mine de mettre ses pas dans ceux de Trump. Moon aura-t-il tissé avec Kim des liens suffisants pour se prémunir contre un changement de fusil d’épaule à Pyongyang – qui ferait du Sud, en cas de raidissement belliciste, la première cible du Nord ? […]


Antoine Perraud, Médiapart. Titre original : « Sommet raté de Hanoï: ce que dit l’incompétence de Donald Trump ». Source (extrait)