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Entre l’art de l’enfumage et la confrontation entre les « uns contre les autres » ; pour mieux régner, la division et la solution des puissants …

Lancé le 15 janvier [2019], « le grand débat » révèle, malgré un questionnaire très orienté, des revendications toujours aussi fortes sur les plans sociaux et démocratiques. À rebours des intentions d’Emmanuel Macron, qui veut maintenir le cap… au risque d’accentuer la crise politique.

Le 15 mars, les contributions seront clôturées, et des experts se pencheront sur le flot de propositions arrivées tant sur le site Internet que lors des initiatives sur le terrain. Ils tenteront alors d’établir une « carte » des revendications des Français.

Le garant du grand débat national, le politologue Pascal Perrineau, annonçait d’ailleurs un « défi » : « La masse de données est absolument impressionnante. Mais il y a un savoir-faire de la part de tas d’entreprises de la civic tech pour traiter ces données extrêmement importantes. »

Mais il n’y a pas que dans le traitement des données qu’il y a du « savoir-faire », lors de l’annonce de l’organisation de ce « grand débat », Emmanuel Macron s’était déjà montré acrobate.

  • D’un côté, il annonçait vouloir consulter les Français dans la foulée du mouvement des gilets jaunes, qui contestent sa politique.
  • De l’autre, il annonçait fermement ne pas vouloir changer de cap.

Le questionnaire rapide mis en ligne sur le site officiel du grand débat résume assez bien cette stratégie, tout particulièrement dans la question la plus sensible ; celle sur la « fiscalité et dépenses publiques ». En matière de « cause toujours » érigé en consultation populaire, il s’agit d’un cas d’école.

Dès la première question, tout est verrouillé :

« Afin de réduire le déficit de la France, qui dépense plus qu’elle ne gagne, pensez-vous qu’il faut avant tout… ». S’ensuivent les « alternatives » laissées au citoyen interrogé :

  • réduire la dépense publique ;
  • augmenter les impôts ;
  • faire les deux en même temps ;
  • ou… ne pas se prononcer.

La deuxième question ne s’embarrasse pas non plus de langue de bois :

« Afin de baisser les impôts et réduire la dette, quelles dépenses publiques faut-il réduire en priorité ? » Là encore le citoyen a le choix :

  • les dépenses de l’État ;
  • les dépenses sociales ;
  • les dépenses des collectivités territoriales ;
  • ou… ne pas se prononcer, bien entendu.

Quant aux dépenses de l’État et des collectivités qui seraient à réduire, elles sont listées dans l’ordre :

  • l’éducation et la recherche ;
  • la défense ;
  • la sécurité ;
  • les transports ;
  • l’environnement ;
  • la politique du logement.

Cette fois, il est possible d’en saisir d’autres supplémentaires.

Pour le moment pas question du « rétablissement de l’ISF », [mais sous la pression populaire] … On est donc loin des revendications qui occupent le devant de la scène depuis trois mois :

  • Le rétablissement de l’ISF,
  • Le niveau des salaires trop bas,
  • Le pouvoir d’achat.

Quant aux revendications démocratiques des gilets jaunes, elles sont soit tournées à l’avantage du programme du président de la République (par exemple, réduire le nombre de parlementaires), soit très affadies :

  • avoir « davantage » recours au référendum sur le plan national ou local,
  • introduire une « dose » de proportionnelle aux élections législatives, régionales ou départementales.

Quant au chapitre « vie citoyenne », il se résume à une seule grande question : « Diriez-vous que l’application de la laïcité en France est aujourd’hui « :

  • satisfaisante,
  • à améliorer
  • à modifier profondément ?

Les contributions.

Un mois après le lancement du grand débat, le premier ministre on comptait environ 250.000 contributions. Ce qui démontre une réelle volonté de participer et de se faire entendre. […]

Cette fois, on voit apparaître des revendications de « fiscalité plus juste » :

  • « Augmenter la fiscalité des grands groupes internationaux » ;
  • « Égalité fiscale » ;
  • « Réforme fiscale équitable » ;
  • « Taxer les profits des multinationales »…

[Dans ses contributions sont porter en bonnes places,] des revendications de clarté, de simplicité et la lutte contre la fraude fiscale, [même si au milieu de tout cela] fleurissent quelques attaques contre les privilèges des élus et le train de vie de l’État.

En matière démocratique, les revendications foisonnent […], conformes à ce qui peut être entendu dans le mouvement des gilets jaunes :

  • La représentativité des élus,
  • Davantage de démocratie directe,
  • Prise en compte du vote blanc,
  • « constituante citoyenne ».

40.000 personnes avaient déposé une contribution au 15 février [et nul doute que ce nombre aura évolué avant la date du 15 mars.]

Il est impossible pour l’instant de les quantifier. Mais on pourra compter sur la « civic tech » de Pascal Perrineau pour faire un tri. Et sur Emmanuel Macron pour continuer à réduire le déficit de cette France qui « dépense plus qu’elle ne gagne », soit les politiques néolibérales d’austérité. Cette volonté affichée de rester sourd tout en écoutant fait déjà son effet. […]

« On monte les Français les uns contre les autres »

Le grand débat mobilise… Pour Emmanuel Macron, c’est une manière de se remettre en selle, avec les élections européennes en ligne de mire. Mais la restitution risque d’être compliquée. Car, sur le terrain, le fossé se creuse.

Les gilets jaunes restent mobilisés. Le 5 février 2019, une première « convergence » avait lieu avec des syndicalistes. Et l’idée semble faire son chemin dans les têtes.

[…]


Diego Chauvet – titre original : « Un grand débat ou un « cause toujours ? » Source (extrait)