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Une promesse de Macron noyée sous un tas de charbon

Pour continuer à brûler de la houille dans ses centrales, EDF a dépensé près d’un demi-milliard d’euros et charbonné dur auprès du gouvernement.

Voilà un engagement électoral de Macron qui a sacrément pris du plomb dans l’aile : les dernières centrales à charbon françaises risquent fort de continuer de produire de l’électricité au-delà de la date butoir de 2022… « Nous avons convaincu le gouvernement de laisser fonctionner nos centrales thermiques, avec une part réduite de charbon », triomphe un responsable d’EDF. Et c’est la fête de l’environnement : alors qu’ils ne fabriquent que 1,4 % de notre électricité, les quatre sites concernés (deux gérés par EDF, deux par l’allemand Uniper) rejettent 24 % du CO2 généré par l’ensemble des centrales. Houille !

Un comble : le ministre de la Transition écologique soi-même est à la manœuvre dans cette petite trahison. Le 10 janvier, le Breton François de Rugy a écrit aux syndicats de Cordemais (Loire-Atlantique) pour les informer que la plus grande centrale à charbon de France, exploitée par EDF, pourrait sûrement continuer de fonctionner après 2022, avec des déchets de bois et 20 % de charbon. Ainsi que le souffle un haut cadre du ministère, « EDF a profité du fait que Rugy soit un élu de la circonscription de Cordemais pour lui fourguer, au nom de la sécurisation de l’approvisionnement électrique, un projet de 2015, en englobant dans la foulée son autre site, au Havre, fief d’Édouard Philippe ».

On a bonne mine

Ce scénario, baptisé « Ecocombust », figurait déjà dans un rapport rédigé en juin (par trois hauts fonctionnaires de l’Écologie, du Travail et des Finances), dans lequel « Le Canard » a mis son bec. Intitulé « Évaluation de l’impact socio-éco­nomique de la fermeture des centrales électriques au charbon », il avait été remisé au fond d’un tiroir par Nicolas Hulot.

Outre l’idée d’Ecocombust, son successeur, lui, y a pioché quantité d’arguments pour justifier la non-fermeture des deux centrales d’EDF. Les 582 emplois menacés à Cordemais et les 261 au Havre sont ainsi évoqués, ou la perte de recettes fiscales pour les collectivités locales, estimée sur les quatre centrales à 33 millions d’euros par an. Sans oublier le risque de plonger la Bretagne dans le noir.

Avec ses 1 800 MW (soit la puissance de deux réacteurs nucléaires), Cordemais permet aux Bretons qui n’ont pas voulu de centrale atomique chez eux de s’éclairer et de se chauffer lors des pics de consommation hivernaux. Un risque que Réseau de transport d’électricité (RTE), encouragé par EDF, a lourdement souligné, en novembre, dans son bilan prévisionnel pour les cinq prochaines années.

La vérité, c’est qu’EDF n’a jamais cru une seule seconde que ses deux centrales à charbon étaient condamnées à court terme. Comme l’indique le rapport, l’électricien a même budgété une fortune pour prolonger leur durée de vie jusqu’en 2035 : 480 millions ! Sachant que, depuis 2013, plus de 430 millions d’euros ont déjà été dépensés.

Dire que leurs partisans affirment que les énergies carbonées sont, certes, sales mais « pas chères »…


Christophe Labbé – le Canard enchaîné, 20/02/2019