Étiquettes

, ,

 … [clament] à haute voix les concurrents de Macron, […] [l’accusant] de mettre à profit ses prestations [dans « le grand débat »] quasi hebdomadaires avec les maires ou les jeunes pour en faire des meetings électoraux qui ne disent pas leur nom.

C’est de bonne guerre, et pas totalement infondé non plus. Tant l’intéressé semble avoir repris la forme et la course de fond de sa campagne présidentielle, quand il arpentait le pays à grands pas.

Ce sera, cette fois, sans Ismaël Emelien, l’un des plus proches des proches, qui vient d’opter pour une sortie de l’Élysée. Il choisit « d’autres chemins » pour publier un livre sur le progressisme et non pas un polar sur ses déboires dans l’affaire d’un autre conseiller, nommé Benalla. Cette histoire, qui sent plus le faisandé que la campagne, n’empêche en rien Macron, (qui se refuse à en parler), de continuer sa tournée.

Dès ce jeudi, pour son septième show depuis le début du grand débat, Marathon Manu sera dans l’Indre. Il entend bien, toujours en bras de chemise, prendre sept heures s’il le faut pour ramasser une fois de plus la mise au jeu des mille questions. Il s’agit, fait-il répéter, de « retisser du lien avec les Français ». Et, si possible, bien sûr, de retisser large, pour […] en profiter en même temps pour récupérer des suffrages dans l’électorat concurrent.

Décoiffé par sa remontée, il ne cesse de se féliciter des sondages. Et s’emballe volontiers sur celui de l’hebdomadaire « Marianne », qui, si la présidentielle avait lieu maintenant, le verrait progresser au premier tour de 6 %. L’intéressé s’appesantit un peu moins sur le second tour. Lequel le voit, certes, toujours gagnant, mais passant de 66 à 56 %. En d’autres termes, cédant 10 points de son avance à la candidate de droite extrême Marine Le Pen. Pas vraiment de quoi donner l’ivresse des cimes à un « premier de cordée ».

Surtout au moment où, pas seulement du côté des extrêmes, des rancœurs recuites confinent en même temps à un regain d’antisémitisme, d’anti-parlementarisme et de conspirationnisme de plus en plus violent. Et pas uniquement dans l’anonymat du Net, qui donne toutes les audaces à des abrutis qui s’en servent comme d’un dégueuloir de haine. Mais aussi avec de plus en plus de passages à l’acte dans une réalité aux sales relents, où les actes antisémites ont augmenté de 74 % en un an.

Avec des actes anti-juifs qui se multiplient, la vandalisation du mémorial d’Ilan Halimi dans l’Essonne. Avec des inscriptions « Juden » sur des devantures à Paris, des croix gammées sur des effigies de Simone Weil aussi. Ou encore dans la radicalité confuse des revendications de ronds-points ou de cortèges du samedi, des slogans au conspirationisme aussi crétin que dérapant sur Macron et le lobby juif…

On ne compte plus non plus les menaces haineuses et autres manifestations d’agressivité reçues par des élus, les grilles de l’Assemblée et la maison de son président en Bretagne en ont fait les frais la semaine dernière, à l’issue d’un acte XIII montrant que la violence augmente plus vite que la fréquentation des manifs de gilets jaunes du samedi ne diminue.

Si le grand débat et le show Macron « sentent la campagne », difficile pour autant d’oublier que le fond de l’air dans le reste du pays ne sent pas vraiment la rose.


Erik Emptaz – Editorial : « Le Canard Enchaîné » 13/02/2019