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Quand ils ne sont pas mis en concurrence par Brut, les journalistes sont en effet de plus en plus challengés par des vidéos amateurs.

C’est le cas de celles de Vécu, le média des Gilets jaunes.

Lancée par Gabin Formont et suivie sur Facebook par plus de 45.000 personnes, la plate-forme s’attache à faire témoigner les victimes de violence policière lors des manifestations. Si les images sont parfois filmées un peu à l’arrache, les vidéos cartonnent (entre 30.000 et 400.000 vues).

Le direct comme le montage sont subjectifs

“Les gens ont besoin d’être acteur de leur information, de s’en emparer”, insiste Gabin Formont. “Et ça fonctionne parce que nous sommes dans le vrai.” Comprendre : sans aucun travail de montage et d’écriture des vidéos.

Pour Patrick Eveno, contrairement à ce qu’il laisse croire, le direct “reflète une partie seulement de la réalité puisqu’il y a une subjectivité de la personne qui tient la caméra et qui peut cadrer d’une certaine manière, élargir le champ ou au contraire le rétrécir”. Et elle interroge forcément une personne au détriment d’une autre.

Choisir de filmer tel champ plutôt qu’un autre est déjà en soi un déterminant subjectif.

“Qui dit montage dit choix. Qui dit choix dit subjectivité journalistique”, souligne de son côté Tancrède Bonora, reporter de C à Vous (France 5). Il est aussi important de comprendre comment les journalistes font leur métier, comment ils réalisent ces choix. “Mais, en réalité, le montage est seulement une manière de raconter l’information, en aucun cas un mensonge ou une duperie en public. On sélectionne simplement les moments les plus pertinents pour montrer aux téléspectateurs le plus de scènes possible en un temps relativement court. Monter un sujet sert strictement à le rendre plus concis, plus fluide, plus agréable à regarder.” Le journaliste reconnaît une forme de complémentarité essentielle : “Je ne peux pas être partout à la fois. C’est super qu’un manifestant filme en direct avec son téléphone une scène que j’ai pu rater, c’est un apport d’information indéniable.”

La déontologie journalistique

Si ces apports sont certains, le live ne peut-il pas aussi être synonyme de dérives ?

Tancrède Bonora l’assure : “Vérifier la véracité d’une information pendant un live en direct est beaucoup plus compliqué.” “Il y a un travail important de pédagogie à respecter”, rétorque Rémy Buisine qui, dans ses vidéos, donne beaucoup d’éléments de contexte via sa voix en fond sonore, derrière la caméra. Et tout cela se prépare en amont.

Gabin Formont, qui ne se présente pas comme journaliste, a lui aussi adopté des codes de déontologie journalistique. En direct, il vérifie et recroise ses sources. Quoi qu’il en soit, séquences en direct ou montées, la médiation journalistique reste un travail indispensable.


Fanny Marlier – les Inrocks – Source (extrait)