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Même sans passeport diplomatique, Alexandre Benalla joue à saute-frontières. Après Londres, où il a retrouvé Alexandre Djouhri, et quelques escapades en Afrique noire, ses affaires l’ont mené à Marrakech, où est domicilié, depuis novembre, Instra Conseil, l’une de ses sociétés. Consacrée au « conseil en sécurité à l’export », cette boîte veille (contre 1,3 million d’euros, selon Mediapart) sur Farkhad Akhmedov — un proche du Kremlin que Benalla a connu via son fiston.

Se sachant particulièrement attendu en France, et pas avec des fleurs (il est convoqué le 19 février par la justice), Benalla prend ses distances. Le rapport de la commission d’enquête, auquel les sénateurs mettent la dernière main, devrait atterrir début mars sur le bureau du procureur de la République de Paris. Pour les parlementaires, l’ex-gros bras de Macron a menti. La justice s’apprête à ouvrir une nouvelle enquête — la quatrième depuis le déclenchement de l’affaire. Cette fois, c’est pour faux témoignage, un délit passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 5 ans…

Mars attaque

Le 21 janvier, les sénateurs l’avaient pourtant entendu jurer-cracher : « Je n’ai jamais contribué à une quelconque négociation (…), je n’ai jamais été intéressé au moindre contrat. » Pas même à celui passé par la société Mars — créée par son comparse Vincent Crase — avec Iskandar Makhmudov, un autre milliardaire russe proche de Poutine. Le nom de Benalla ne figurant dans aucun document contractuel, il va être coton pour la justice de prouver le contraire.

De fait, lorsque, en juin 2018, Mars sous-traite à la société Velours la protection du Russe et de sa famille pour 172 200 euros, l’ex-collaborateur du Château a tout de l’homme invisible. Idem lorsque Mars est dissous et que le contrat est repris par une nouvelle société, baptisée France Close Protection. Mais Benalla a tout de même laissé quelques traces.

C’est lui qui souffle à Crase le nom de sa boîte : Mars n’est-il pas l’astre le plus proche de Jupiter-Macron (c’est aussi le pseudo qu’il utilisait sur un site de rencontres) ? C’est Benalla, encore, qui met Velours dans la boucle : il a travaillé pour eux en 2014. C’est lui, toujours, qui, parmi les sept gros bras mis au service du magnat russe, suggère le nom de son ami Chokri Wakrim, sous-officier à l’état-major des forces spéciales et compagnon de la patronne de la sécu de Matignon.

C’est lui, enfin, qui, après ses déboires judiciaires et professionnels de la Contrescarpe, imagine la création de France Close Protection. Le jeu en vaut la chandelle : le montant total du contrat avoisine le million d’euros, et la journée se facture 3.500 euros par tête de pipe…

Merci frérot !

Si cette nouvelle boîte de sécu est aujourd’hui gérée par Yoann Petit, un ancien para, cela n’a pas toujours été le cas. Au moment de sa création, le 16 octobre 2018, son proprio est un certain Kévin P. Or ce jeune homme n’est autre que le demi-frère de Benalla, tout juste majeur (lire document ci-dessous). Une semaine après la création de la société, Kévin P. a vendu toutes ses parts à Petit, devenu président pour 20.000 euros mensuels. Une apparition éclair, qui signe la mainmise du grand frère sur France Close Protection. C’est cette même boîte qui, en novembre, lui a versé 12.474 euros, puis 10.000, en décembre, selon un document de Pôle emploi (« Le Canard », 2/1 et 6/2), sans oublier une petite aide publique.

Après Velours, France Close Protection assure la suite du contrat avec Iskandar Makhmudov, moyennant 600 000 euros. L’occasion pour le parquet de réactiver une enquête ouverte… en 2016. L’oligarque, qui a fait fortune dans la métallurgie et, selon « Forbes », pèse 6,4 milliards de dollars, est visé en Espagne par une procédure pour blanchiment d’argent. Plusieurs pays européens — dont la France — s’intéressent à ses liens avec la mafia géorgienne. « Le dossier dormait : Benalla l’a réactivé », sourit un enquêteur.

Un vrai auxiliaire de justice, cet Alexandre !

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L’État sponsorise « M. Alexandre »

Le 15 novembre, au cours d’un « entretien personnalisé Pôle emploi propose à Benalla de bénéficier de l’aide à la reprise ou à la création d’entreprise (Arce). Ce coup de pouce, versé en une ou deux fois, est calculé en fonction des indemnités de chômage perçues par le demandeur. Soit, pour Benalla, 12 000 euros. Sauf que l’administration s’est trouvée bien embarrassée lorsque le micro-entrepreneur a voulu savoir si la subvention était compatible avec sa « mobilité internationale ». Afin de boucler le dossier, précise sa convocation, un rendez-vous « en visioconférence est prévu le 1er mars à 8 h 50 ».

En tenant compte du décalage horaire ?


Didier Hassoux et Christophe Labbé, « Le Canard Enchaîné » – 13/02/2019