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La crise environnementale est planétaire. La pollution n’a pas de frontière ! L’Europe est un échelon pertinent pour agir. La crise écologique est multiforme : crise de la biodiversité, usage des phytosanitaires, du plastique, pollution de l’air aux microparticules, pollutions en tout genre…

Incompatibilité de la transition écologique et du capitalisme

Le caractère capitaliste de l’Union européenne structure la définition des orientations environnementales. Dans ce domaine aussi, les traités constituent la colonne vertébrale du contenu des directives élaborées par la commission. Pas question de s’en écarter, même si cela aboutit à des échecs flagrants.

À cet égard, compte tenu de l’urgence, les enjeux liés à la « transition » écologique doivent mobiliser d’énormes moyens financiers inconciliables avec la politique de réduction des déficits publics prônée par Bruxelles. De plus, les projets de déréglementation, de mise en concurrence et/ou de privatisation de secteurs déterminants comme ceux du rail et de l’énergie pour une politique environnementale et sociale durable sont une catastrophe écologique. De même, la politique européenne du tout routier, dérégulant ce secteur, favorise les émissions de CO2.

« Modifier radicalement les modes de transport en réduisant fortement le tout routier (voitures et surtout camions), gros émetteur de CO2.  »

Par ailleurs, le marché carbone – attribuant aux entreprises des quotas d’émissions de CO2 échangeables – a été un échec et n’a pas permis d’atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) prévus. Cette réponse affairiste de l’Union européenne, la cotation en bourse de « droits à polluer », s’avère incapable de relever le défi d’une diminution des gaz à effet de serre. Pourtant, il s’agit là d’une urgence mondiale pour limiter le dérèglement climatique. Il est urgent de fixer par voie réglementaire des objectifs contraignants de réduction des GES.

Enfin, la nouvelle autorisation pour cinq ans de l’herbicide glyphosate au sein de l’UE a démontré le poids des groupes de pression et notamment leur influence sur les agences scientifiques de l’UE, qui s’appuient trop sur des données fournies par l’industrie.

Malgré les bonnes intentions souvent affichées par la commission européenne ou le parlement européen, la nécessaire transition écologique apparaît bien incompatible avec l’ultralibéralisme européen.

La lutte contre le réchauffement climatique : une priorité

Aborder les enjeux écologiques de manière efficace et responsable, c’est être capable de montrer à nos concitoyens où sont les priorités ! S’il y a une priorité qui fait consensus dans la communauté scientifique, c’est l’urgence d’une réaction vis-à-vis du réchauffement climatique. En 2017, les émissions de CO2 ont bondi de 1,8 % en moyenne dans les vingt-huit pays européens, et même de 3,2 % en France.

Quels sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre ?

Selon les derniers chiffres du ministère de l’écologie, dans l’UE, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émission de GES (78 %), suivie de l’agriculture à environ 10 %, des procédés industriels et solvants à 8,7 % et des déchets à 3,2 %.

Au niveau de l’utilisation d’énergie fossile, le secteur le plus émetteur est celui de l’industrie de l’énergie (29 %) devant celui des transports (21 %), l’industrie manufacturière et construction (11,2 %), le résidentiel tertiaire (12,8 %), autres 4,1 %.

En France, comme dans l’ensemble de l’UE, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émissions de GES avec près de 70 % des émissions. En revanche, à la différence de la moyenne européenne, le secteur le plus émetteur en France est celui des transports (29 %), tandis que celui de l’énergie est relativement peu émetteur (9 %), en raison de l’importance de la production électrique nucléaire.

À l’échelon européen persiste une utilisation massive de charbon et de lignite, notamment en Allemagne. Les hydrocarbures (pétrole et gaz) restent la source d’énergie largement majoritaire. Lutter contre le réchauffement implique de proposer des solutions de réduction des émissions dans les secteurs les plus polluants.

Elles sont de deux ordres :

  • d’une part le piégeage du CO2 pour lequel le besoin de recherche se fait sentir et qui nécessite des financements importants
  • d’autre part la diminution des émissions de CO2.

Pour cela, nous pouvons proposer des solutions de court et de moyen terme.

Un plan d’urgence contre le réchauffement climatique global

Sortir du tout routier

Pour réduire les gaz à effet de serre, les augmentations de taxes (qui pèsent sur les populations les moins aisées) ne peuvent être une solution ; le premier angle d’attaque, c’est de modifier radicalement les modes de transport en réduisant fortement le tout routier (voitures et surtout camions), gros émetteur de CO2.

Pour cela, voici trois propositions complémentaires :

  1. Le développement du fret ferroviaire, beaucoup plus écologique que les camions dont l’usage devrait être limité à la desserte de proximité. Nous devrions proposer un new deal écologique européen, un paquet ferroviaire novateur tablant sur la relance du ferroviaire, un plan de grands travaux européens pour créer ou rénover les lignes de chemin de fer nécessaires à ce changement de braquet. Cela devrait être un des enjeux majeurs portés aux élections européennes, en haut des priorités pour donner une identité forte, une proposition écologique crédible à notre liste. Par ailleurs, c’est créateur d’emplois.
  2. L’Europe doit favoriser les circuits courts agricoles et industriels pour réduire les besoins de transport. C’est une relocalisation des productions qui est nécessaire, relocalisation favorable à l’emploi ! C’est d’un changement des modes de production qu’il s’agit : de la proximité comme une vertu écologique !
  3. La gratuité des transports en commun a trois mérites : la baisse des émissions de GES par la baisse du trafic voiture, la lutte contre la pollution de l’air, et in fine, des gains de pouvoir d’achat pour les usagers. Cette proposition est de la compétence des communautés de communes. Mais l’Europe pourrait participer de manière volontariste au financement en subventionnant l’investissement nécessaire à la construction de lignes de bus, de tram, et de métros nécessaires à la mise en œuvre de cette proposition.

Favoriser les économies d’énergie

Le deuxième angle d’attaque, c’est de prendre des mesures aidant à l’économie d’énergie par un plan rapide et ample de rénovation thermique du logement (qui représente 16,5 % des émissions de GES), là encore favorable au pouvoir d’achat de nos concitoyens sur leurs factures d’électricité ou de gaz… à condition que les aides à la rénovation soient importantes. C’est sur ce point que l’Europe peut jouer un rôle complémentaire des États. C’est une mesure qui peut être prise très rapidement.

Le poids de la consommation d’énergie dans les émissions de GES est loin d’être négligeable à l’échelle européenne. Il faut une politique volontariste pour aller vers un abandon rapide des centrales à charbon et d’une manière générale des énergies carbonées. Pour cela, il faut une compensation crédible par la montée en puissance des énergies décarbonées (les énergies renouvelables en priorité). Là encore, cela implique des financements plus vigoureux pour la recherche, afin d’obtenir des avancées significatives sur le stockage de l’énergie par exemple.

Et pourtant, plusieurs listes de gauche aux élections européennes vont faire de la sortie du nucléaire une priorité. Outre le fait que ce n’est pas de la compétence de l’UE, l’abandon de cette énergie aurait un effet nul, en étant optimiste, ou, plus vraisemblablement, négatif sur le climat ! C’est ce que montre l’expérience allemande. C’est aussi l’avis des experts climatologues du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui prennent le contre-pied en plaidant pour un essor du nucléaire dans leurs solutions pour contrer le réchauffement !

Ces quelques propositions sont de nature à permettre de tenir les objectifs de l’accord de Paris (2015), voire d’aller plus loin. Pour réenclencher une dynamique vertueuse en Europe mais aussi dans le monde.

Sauvegarder la biodiversité, c’est aussi un des moyens de contribuer à la bataille pour la sauvegarde de la biodiversité, fortement menacée par de multiples causes mais pour laquelle le changement climatique très rapide est un facteur fortement aggravant.

Avec Natura 2000, l’Europe a eu une action positive : recensement de la biodiversité, mesures de protection, nouvelles aires de réserves naturelles…

Elle peut poursuivre dans ce sens :

  • En soutenant plus fortement la recherche sur la biodiversité, sur la restauration écologique (la science qui « répare » les écosystèmes) ;
  • En bonifiant les subventions aux projets d’aménagement du territoire respectueux de la biodiversité.

Elle doit montrer un autre visage, en étant étanche aux groupes de pression de l’agrobusiness, en soutenant vigoureusement une alternative rapide aux pesticides, dont le glyphosate, et en promouvant l’agro-écologie et le bio.


Alain PaganoCause commune n°9 • Janvier/Février 2019