Est-ce de l’inconscience ? Est un coup formaté à dessein ? À trop vouloir systématiquement détruire toutes avancées dans le débat, ce gouvernement a-t-il l’espoir de filer la chienlit, comme contre-feu, pour faire peur à la population afin de reprendre la main sur les gilets jaunes et la contestation ambiante ? Reste l’idée d’une fausse information permettant au gouvernement de l’annuler au dernier moment et faire croire a beaucoup de mansuétude. MC

Comme nous le révélions le 21 décembre 2018, de nombreux ministres, à commencer par François de Rugy (Transition écologique) et ses secrétaires d’Etat Emmanuelle Wargon et Brune Poirson poussent pour la réactivation de la taxe carbone.

Et des poids lourds de la majorité leur ont emboîté le pas. A l’image de Stanislas Guérini, le nouveau patron d’En Marche !, qui veut que son parti soit « très offensif sur l’écologie », et qui plaide pour son retour, « mais à condition qu’elle soit assortie de mesures d’accompagnement pour ceux qui en ont le plus besoin ».

Bref, ce serait une version deux de la taxe carbone, moins sujette à polémique que la précédente. Au sein du gouvernement, l’idée fait petit à petit son chemin. « Il faut rendre le changement possible, mais il faut aussi répondre à la préoccupation des Français sur la justice fiscale. Les gens veulent savoir où va le pognon. De mon point de vue, il faudrait l’affecter à 100 % à la transition écologique », défend un ministre.

Il faudra décider d’ici à l’été prochain

Matignon n’a en tout cas pas fermé la porte. « Le Premier ministre a dit à tous ses ministres que s’ils avaient des idées, qu’ils les mettent dans le grand débat. La taxe carbone est un de ces sujets », abonde l’entourage d’Edouard Philippe.

Pas question en revanche, évidemment, de remettre sur le métier le même dispositif qu’en 2017 : « Chat échaudé craint l’eau froide. On s’est planté une fois, ce n’est pas pour commettre les mêmes erreurs, poursuit-on à Matignon. On n’est pas hostile sur le principe, mais à condition en contrepartie de remplacer un impôt existant ou d’en baisser un autre ».

Les ministres de l’Economie et des Comptes publics, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, ne sont eux pas exactement enthousiasmés par le projet. […] Tout en rappelant opportunément : « La racine du mouvement des Gilets jaunes, c’est le ras-le-bol fiscal, il ne faut pas non plus l’oublier. Nous, tout ce qu’on souhaite au final, c’est une baisse des impôts ».

Mais au sein de la macronie, certains ont la dent nettement plus dure et ne veulent pas entendre parler d’un tel retour. « C’est bien : il y a des gens qui veulent incarner l’écologie. Mais ils ont réfléchi comment ? À quoi ? Pour trouver de nouveaux impôts, il y a toujours du monde. Mais pour baisser les dépenses il n’y a plus personne… », s’agace un stratège. […]

Pour l’heure rien n’est toutefois tranché. « Personne n’a pris de décision sur la taxe carbone, il faudra décider entre maintenant et l’été prochain », anticipe un ministre. Et d’ici là convaincre les Gilets jaunes….


Valérie Hacot – « Le Parisien », titre original « et revoilà la taxe carbone » – Source (extrait)