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Geoffroy Roux de Bézieux: « Je suis inquiet du recul de la démocratie » … un titre qui laisse pantois et pour le moins qui demande des explications. Mais n’en doutons pas le quotidien le Figaro, hélas pour nous renseigner. MC

LE FIGARO. – Comment expliquez-vous que des dizaines de milliers de «gilets jaunes» se mobilisent chaque samedi?

Geoffroy ROUX DE BÉZIEUX. – Les « gilets jaunes » sont l’expression française de la révolte des classes moyennes (1) que l’on trouve sous d’autres formes dans d’autres pays. Les classes moyennes, qui croyaient que leurs enfants vivraient mieux, voient leur pouvoir d’achat stagner. Elles ont le sentiment d’une rupture du pacte démocratique. Si l’on ajoute que les transformations, notamment technologiques, provoquent de l’inquiétude car beaucoup d’actifs se demandent s’ils vont pouvoir suivre cette révolution, alors nous sommes face à une situation qui nourrit les colères.

Êtes-vous inquiet?

Je suis globalement inquiet du recul spectaculaire de la démocratie dans le monde. Libertés politique et économique divergent désormais. Dans certains pays comme la Chine ou la Turquie, il y a un accroissement des richesses sans offrir plus de liberté politique. C’est nouveau et ce n’est pas bon. La démocratie, ce sont des contre-pouvoirs, un horizon lisible et prévisible, autant de facteurs indispensables à la réussite des entreprises.

Dans un régime non démocratique, les règles du business peuvent changer à tout moment.

Redoutez-vous que le mouvement gagne à terme les entreprises?

La conflictualité en entreprise n’augmente pas. Mais cela ne veut pas dire que nous n’allons pas être concernés. Les politiques risquent de chercher des boucs émissaires et la question du partage de la valeur nous sera surtout posée. Nous devons l’anticiper. À ce sujet, je réaffirme qu’en France l’écart entre rémunération du travail et du capital n’a pas changé depuis des décennies. Seul le poids des prélèvements obligatoires a augmenté, au détriment des salariés comme des entreprises.

Emmanuel Macron a-t-il commis des maladresses?

Soit le président de la République réforme à minima, comme ce fut le cas pendant de nombreuses années et particulièrement au cours du précédent quinquennat, soit Emmanuel Macron réforme réellement et prend le risque de créer des tensions. Il n’empêche que la volonté de l’exécutif de court-circuiter les corps intermédiaires est contre-productive.

Les «gilets jaunes» ne ringardisent-ils pas les corps intermédiaires?

Un corps intermédiaire, c’est une organisation volontaire de la société civile capable de synthétiser des aspirations contradictoires et de les porter face aux décideurs politiques. Il tire sa légitimité du terrain, il en prend le pouls. Pour être efficace, il doit être en prise avec ses adhérents. Cela n’est plus forcément le cas, notamment chez certains syndicats où la déconnexion est réelle. Attention, le patronat n’est pas à l’abri, et c’est pourquoi j’ai engagé une réforme du Medef qui permettra d’éviter la perte de contact et de légitimité tirée de la base.

Le quinquennat des réformes est-il fini?

Le statu quo est impossible. Les Français ne reprocheront jamais au gouvernement d’avoir trop réformé dans un monde qui évolue à toute allure. Après, qu’il y ait une autre méthode à mettre en place passant par plus de dialogue, notamment avec les corps intermédiaires, c’est probable. Je pense qu’Emmanuel Macron va continuer à réformer.

Y a-t-il des choses que vous ne souhaitez pas voir sortir du grand débat?

Ne revenons pas en arrière sur la baisse des charges engagée sous le précédent quinquennat. Cette politique de l’offre initiée avec le pacte de responsabilité a mis fin à l’augmentation des prélèvements obligatoires sur les entreprises et permis de restaurer les marges. Les résultats sont spectaculaires. Les entreprises ont créé 770.000 emplois entre le 1er janvier 2014 et le premier trimestre 2018.

Quelles réformes urgentes attendez-vous?

Les prélèvements obligatoires représentent 48 % de la richesse créée. À ce niveau, la France n’est plus loin du haut de la courbe de Laffer, qui prédit des rendements décroissants de l’impôt, sans parler du consentement à l’impôt. Il est urgent de baisser les impôts et les taxes pour les ménages et les entreprises. Moins d’impôts peuvent augmenter les recettes fiscales grâce au surcroît d’activité et de dépenses qui en résulterait. Si trop d’impôt tue l’impôt, moins d’impôt peut augmenter les recettes fiscales


Marc Landré Jacques-Olivier Martin, Le Figaro – Source (extrait)


  1. Les classes moyennes c’est-à-dire les cadres, notons que les salariés n’ont pas grâce aux dires de Geoffroy Roux de Bézieux.