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Avec leurs gros chalutiers industriels, les pêcheurs néerlandais n’arrivaient plus à pêcher assez de soles (le poisson plat le plus rentable). La faillite guettait.

Heureusement, l’Europe était là.

Près de dix ans auparavant, en 1998, elle avait interdit la pêche électrique.

Mais, les interdictions, ça se contourne, non ?

En décembre 2006, sous la pression de la Hollande, le Conseil de l’Union européenne autorisa les États à équiper d’électrodes 5 % de leurs navires de pêche.

Les Néerlandais furent les seuls à sauter sur cette dérogation. La manip est simple. Tous les 40 centimètres, ils accrochent à l’entrée des chaluts des câbles de cuivre de 6 mètres de longueur. Et y font circuler un puissant courant bipolaire (60 volts, 60 hertz). Quand ces électrodes balaient le fond des mers, tous les êtres vivants, même ceux qui sont planqués jusqu’à une trentaine de centimètres de profondeur, comme les soles, se retrouvent agités de terribles convulsions musculaires.

C’est l’effet Taser…

Happés par le champ électrique, les voilà pris dans le chalut. Cette razzia permet de remplir les soutes à toute allure. Donc d’économiser le fuel. Et d’aller clamer ensuite que, la pêche électrique, c’est bon pour la planète !

Pour installer ce joli système, il en coûte dans les 300.000 euros par chalutier. Ruineux ? Non : les pêcheurs néerlandais ont réussi à se faire subventionner par l’Europe. Depuis, tous leurs chalutiers (au nombre de 84) sont électriques.

En dix ans, ils ont si bien ratiboisé leur secteur qu’aujourd’hui la sole s’y fait rare. Non seulement les fileyeurs artisanaux des autres ports de la région, notamment ceux de Boulogne-sur-Mer, voient leur prises s’effondrer, mais les Néerlandais eux-mêmes n’arrivent plus à remplir leurs quotas autorisés !

[…] [Alors que] « les activistes » de Bloom, l’ONG spécialisée dans la protection des fonds marins, [venaient de gagner leur épuisante bataille visant à faire interdire par l’Europe la pêche en eaux profondes et qu’ils] avaient envie de souffler un peu. [Les voilà] repartis [à se battre contre cette décision]. Ils portent plainte contre les Pays-Bas auprès de la Commission européenne [en octobre 2017].

Trois mois plus tard, les députés du Parlement européen votent l’interdiction « totale et définitive » de la pêche électrique.

Encore faut-il que la Commission et le Conseil des ministres fassent de même, au sein de ce qu’on appelle un « trilogue ». Lequel est sans cesse repoussé…

Bloom s’active dur : saisie de la médiatrice européenne, actions communes avec les fileyeurs lésés, démonstration de l’illégalité des subventions européennes… « Il est essentiel que le trilogue ait lieu avant les élections européennes et qu’il entérine l’interdiction, dit Frédéric Le Manach, son directeur scientifique. Sinon, les Hollandais pourraient faire rebasculer le Parlement en leur faveur. Tout serait à reprendre de zéro ! »

Pis : après avoir dévasté les fonds marins de la mer du Nord, les Hollandais rêvent d’obtenir de l’Europe le droit d’aller électrocuter partout (Manche, golfe de Gascogne, mer Celtique, etc.).


Jean-Luc Porquet – « Le Canard Enchaîné » – Mercredi 30/01/2019