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Le 25 avril 2017, Claude meurt chez lui, à Céreste, dans le Lubéron.

Célibataire de 77 ans sans enfants, il lègue tous ses biens — une jolie maison, une voiture et des économies — à la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer. Classe.

Sa nièce Viviane, dont il était proche, arrive de Paris pour organiser les obsèques. Son oncle souhaitant reposer avec ses parents dans un caveau du cimetière du village, elle s’enquiert du tarif. Problème : obsèques comprises, le montant total dépasse les 10.000 euros — le double de la somme que le notaire a le droit de débloquer sur le compte bancaire (fourni) du défunt. A l’issue de la cérémonie, le cercueil de Claude est donc rangé dans un tiroir provisoire, à l’entrée du cimetière. Condoléances.

Viviane se tourne alors vers le légataire et lui laisse plusieurs messages. Pas de réponse. Cinq mois plus tard, en octobre, une juriste de l’ARC la rappelle pour lui certifier que le nécessaire sera bientôt fait. Pas trop tôt. Sauf que rien ne se passe… jusqu’en avril 2018, quand la juriste en question se pointe à Céreste pour visiter la maison de Claude.

En mai, le Crédit agricole appelle Viviane et lui demande quoi faire de l’argent de son oncle, preuve que la Fondation ne s’en est pas occupée non plus… Pas vraiment des flèches, à l’ARC !

Mi-janvier, vingt et un mois après sa mort, Claude le généreux attendait toujours, dans son tiroir anonyme, son inhumation définitive. Répondant au « Canard Enchaîné », François Dupré, le directeur général de la Fondation ARC, se disait « navré de cette situation exceptionnelle », expliquant qu’a en général les familles avan[çai]ent l’argent ». Puis renvoyait vers les pompes funèbres et la mairie, « relancées plusieurs fois depuis des mois ». « Totalement faux ! » répondait Funexia. « Non, plus aucun contact », indiquait le maire de Céreste.

Simple hasard ?

Peu après les questions du « Canard Enchaîné », Claude a finalement été inhumé, vendredi dernier [23 janvier 2019]. En catimini, sans que la Fondation ait pris la peine de prévenir sa nièce.

Un enterrement de première classe, décidément…

Article non signé – paru dans Le Canard Enchainé du 30/01/2019