Trop tôt pour tirer les enseignements historiques de l’événement, mais pour la première fois depuis 1995, un mouvement social d’ampleur embrase le pays et nous rappelle avec fracas que le peuple français est une Nation politique qui a une passion pour l’égalité républicaine et ne supporte plus l’orgie vénale de l’oligarchie financière.

[Face à] un Président de la République qui apparaît jour après jour [de plus en plus sourd à la grogne de son pays]. [Une posture incompréhensible] d’autant que personne n’est dupe quant aux quelques « mesurettes » auto bidonnées-concédées [un temps] par l’exécutif pour apaiser le mouvement. Mesurettes introduisant l’augmentation du pouvoir d’achat par la « grâce » de la prime d’activité – sans que cela ne coûte un centime au patronat [excluant par la même les retraités].

Mais surtout, le mouvement des gilets jaunes rappelle à tous ceux qui, aveuglés par leur propre confort matériel, avaient fini par croire que la lutte des classes était une idée […] Sans parler d’une justice aux ordres, visiblement très prompte à dégainer les peines de prison ferme quand dans le même temps des Cahuzac, Benalla ou Balkany s’en sortent quasi indemnes.

[…] L’émergence de revendications autour du rétablissement de l’ISF et du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) devrait nous interpeller en ce sens. Cela démontre que le peuple français n’a jamais perdu goût pour la politique en dépit de niveaux historiques d’abstention et de défiance extrême envers la classe politicienne.

Concernant le RIC, immédiatement les commentaires politiques se succèdent pour expliquer qu’un tel référendum risquerait de faire dire au peuple  des choses épouvantables (cette classe laborieuse, immature et dangereuse, [voire totalement inculte en matière de politique et de gestion du pouvoir].

Alors que peuple exprime une intuition qui relève en définitive de la finesse de l’analyse politique.

[…] Macron voulait aller plus vite, plus loin et plus fort que ses prédécesseurs. [Il voulait –il veut-il a déjà réalisé par des édits ou lois le souhait d’]en finir avec le programme du CNR et l’ordre public social en cassant les garanties du salariat au profit d’une atomisation de la classe des travailleurs, paupériser les services publics afin de mieux satisfaire les grands groupes privés concurrentiels (notamment à l’hôpital), accentuer la fracture territoriale au profit des grandes métropoles, affaiblir les institutions démocratiques en attisant les braises de l’antiparlementarisme…

[Pour] Macron, l’enfant prodige […] de la finance, en avait fini par croire ce qu’il éructait dans ses meetings de campagne : la France n’existait plus et en avait fini avec son idéal révolutionnaire et démocratique, son peuple étant mûr pour l’aventure romanesque de la mondialisation libérale qui apporterait paix et prospérité par le simple jeu de la main invisible du marché inscrite dans le cadre bienfaiteur de l’euro et du dépassement du cadre national. Quitte à forcer les « feignants » et autres « gaulois réfractaires » à traverser la rue.

[…]

Les gilets jaunes seront-ils cet aiguillon salutaire qui permettra enfin de créer les conditions d’une [évolution des institutions et services publics] en fédérant un peuple humilié par 30 années de casse sociale et de déni démocratique ? Il est trop tôt pour le dire, mais la bonne nouvelle réside d’ores et déjà dans le fait que ce mouvement crée les conditions d’une convergence des luttes qui peut faire redouter à notre Président l’arrivée des beaux jours. Tout en forçant enfin les syndicats et les formations politiques traditionnelles qui se réclament du progrès social et républicain à renouer d’urgence avec les classes populaires et pas seulement en leur promettant la charité sous forme de minima sociaux et de prime d’activité.

L’immense majorité des Français n’a que son salaire pour vivre et vivre dignement de son travail est la base de la dignité humaine.

Réhabiliter le salaire et le statut du salarié, […] et tout simplement redonner aux travailleurs la dignité sociale qu’ils méritent, voilà l’enjeu central des revendications des gilets jaunes, [ce qui est souvent écrit dans les cahiers de doléances, ce qui ressort des débats publics lorsqu’ils ne sont pas tronqués par des médias à la solde gouvernementale.]


D’après un article signé Olivier Nobile – UFAL – Source (lecture libre)