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Un article posant la question : que feront nos gouvernants de cette masse de propositions, d’avis, conseils en tout genre, pour recoller la fracture évidente entre une population de travailleurs salariés méprisés, de déçus de la politique et de profiteurs actionnaires couvés-adulés par Jupiter, une poignée d’affidées gouvernementales et d’un groupe d’élus à sa solde.

D’abord retenons ces sondages …

(réaliser semaine 5 de 2019) :

  • Selon une étude IFOP pour le Journal du dimanche, 66 % des sondés estiment que le chef de l’Etat n’a pas changé depuis le début du mouvement des gilets jaunes, malgré ses efforts pour renouer le fil avec les Français via le grand débat national. Par ricochet, ils sont 85 % à lui demander de changer son «attention aux préoccupations» des Français.
  • Selon le sondage Elabe pour BFM TV publié mercredi : 51 % des personnes interrogées critiquent sa «déconnexion à l’égard des réalités quotidiennes». Sur ses qualités personnelles, l’étude est encore plus sévère : pour 78 % des Français, le chef de l’Etat est autoritaire (78 %) soit une progression de 5 points par rapport au mois de décembre et 76 % le trouvent «arrogant».

Grand débat, reconquête des corps intermédiaires, affirmation de l’autorité de l’Etat, redéfinition d’un «projet national et européen d’émancipation» : Emmanuel Macron a sa réponse à la crise sociale et politique que traverse le pays depuis deux mois. Une idée suffisamment précise pour qu’il choisisse de s’en expliquer longuement, jeudi matin, devant [une sélection de médias], dans son bureau de l’Elysée.

Une première depuis [les vingt mois (et oui que vingt mois alors que nous avons l’impression que cela fait des années qu’il est là, en place !)] du quinquennat.

Contrairement à ses prédécesseurs, le chef de l’Etat a eu à cœur, depuis son élection, de tenir la presse à distance. Il en avait fait une condition de la restauration de l’autorité présidentielle.

 […]

[Objectif : expliquer que la crise française des gilets jaune de façon à ce qu’elle]  …

… soit comprise comme la version française d’une crise qui touche la plupart des démocraties occidentales.

[Pour lui, seraient des crises identiques :]

Le Brexit au Royaume-Uni, la coalition populiste en Italie ou l’élection de Trump aux Etats-Unis ne sont que d’autres expressions de ce même mal, celui d’une classe moyenne «profondément bousculée par la mondialisation». Il en résulte un «affaiblissement du consensus» qui débouche sur l’autoritarisme ou l’isolationnisme.

[Un plaidoyer pour bibi, ou comment se réapproprier une crise qu’il n’avait pas prévue :] Macron rappelle qu’il n’a pas attendu les gilets jaunes pour identifier cette menace. En décembre 2017 à Davos (Suisse), devant les décideurs économiques de la planète, n’avait-il pas plaidé pour un nouveau «contrat mondial» ? Célébré alors par tous les libéraux comme un rempart contre les populistes, le président français avait prédit la victoire des nationalistes et des extrêmes si on ne parvenait pas à «redonner du sens à la mondialisation».

[Ou, comment Emmanuel Macron est dans le déni d’écoute de la grogne populaire]

Pour Macron, le mouvement des gilets jaunes, «sans revendication fixe et sans leader», a connu au fil des semaines plusieurs «mutations». Contre la hausse des taxes sur le carburant, il exprimait à l’automne dernier «la colère sincère» d’une France qui travaille, révoltée de se voir «assignée à résidence» dans une «vie empêchée». Mais il faut désormais, selon lui, «bien distinguer l’expression des ronds-points de celle des samedis». Le chef de l’Etat considère que les dernières manifestations hebdomadaires – «l’acte XII» est annoncé pour le 2 février – sont pilotées ou récupérées par «quelques dizaines de milliers de militants actifs» d’extrême gauche et, parfois, d’extrême droite qui veulent «détruire et provoquer une crise de régime».

Comment expliquer, dès lors, qu’une majorité de Français continuent, sondages après sondages, d’affirmer leur adhésion au mouvement ? Plus que l’expression d’un soutien aux manifestations, il faudrait y voir la mesure d’une «agrégation» des colères. Les revendications des gilets jaunes sont si nombreuses – et parfois contradictoires – qu’il serait presque naturel que plus de 50 % des sondés s’y retrouvent.

Macron veut bien admettre que ses célèbres sorties sur les «fainéants» et autres «Gaulois réfractaires» ont nourri un «procès personnel». Sur le fond, il conteste avec véhémence toute arrogance et tout mépris de classe. «Je ne fais jamais de petites phrases», se défend-il, regrettant que les mots qui s’affichent sur les réseaux sociaux ou sur les bandeaux des chaînes d’info en continu soient à chaque fois «décontextualisés», «scénarisés», «exploités» par les extrêmes.

[Une telle analyse n’est pas si éloignée de celle réalisée par Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de ces « salopards » de médias et réseaux sociaux- reste qu’en aucun cas ce sont ni les médias ni les applications des réseaux sociaux qui font les petites phrases présidentielles] […]

[Ou Macron dans son discours, et avec les différentes dispositions de loi qu’il exige de faire valider par son gouvernement et son groupe à l’assemblée, continu à poursuivre la fracturation de la société française]

[…] Macron voit l’origine de la crise dans l’absence de changements sensibles pour les citoyens malgré la quantité inédite de réformes entreprises dans la première année du quinquennat. Ce problème, il assure l’avoir identifié dès le printemps 2018 : les perdants des changements se font entendre, à l’image des retraités, tandis que les gagnants sont inaudibles. […]

Grâce au grand débat, Macron croit possible de trouver «le nouveau souffle» qui «changera la manière de gouverner» et définira les contours d’une «nouvelle République». Il n’en dit pas plus. Et ne précise pas non plus comment il entend instaurer ces changements. Mais l’option du référendum fait, assure-t-il, «partie des sujets sur la table».

A ses yeux, les réponses économiques et sociales ont d’ores et déjà été apportées avec les annonces à 10 milliards d’euros du 10 décembre. Il ne doute pas que la hausse sensible du pouvoir d’achat (440 euros par ménage en moyenne cette année, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques) sera perçue par les Français.

[…]

Macron, ce gouvernement, ce groupe LR-EM de l’assemblée ne veut absolument pas comprendre – entendre, qu’il faut remettre à plat tous les privilèges d’une société érigée actuellement en différentes castes dont un petit nombre bénéficie de privilèges alors que la grande majorité de la population française s’appauvrit chaque jour un peu plus. Ce n’est pas au moment où la grogne se libère, qu’il faut accepter des augmentations et taxes diverses venant grever un peu plus le pouvoir d’achat de la plus grande majorité des Français. MC


Alain Auffray, Libération – Titre original : « Emmanuel Macron : «Il faudra peut-être répondre par une société du débat permanent» » – Source (extrait) […]