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La visite à l’Élysée du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en octobre 2017 avait laissé un souvenir impérissable aux défenseurs des droits de l’homme. Interrogé sur le bilan « catastrophique » de l’Égypte en la matière, tant contre les Frères musulmans que contre les militants libéraux, son hôte, Emmanuel Macron, avait déclaré ne pas vouloir « donner de leçons » à son homologue égyptien. « De la même façon que je n’accepte qu’aucun autre dirigeant ne me donne de leçons sur la manière de gouverner mon pays (…), je crois à la souveraineté des États », avait notamment souligné le président français.

Or, jeudi dernier, Emmanuel Macron a fait l’exact inverse de ce qu’il prône depuis quatorze mois, au sujet d’un autre pays, le Venezuela, qui connaît une grave crise politique depuis la réélection contestée du président Nicolás Maduro, aggravant l’état de faillite économique du pays : une chute du PIB évaluée à 50 % depuis 2013, un salaire minimum de 7 dollars par mois et une inflation de 1 700 000 % en 2018, ce qui a conduit à l’exode de 2,3 millions de Vénézuéliens depuis 2015.

« L’élection illégitime de Maduro »

Dans un tweet publié en français et en espagnol, Emmanuel Macron a écrit, après deux jours de manifestations meurtrières entre opposants et partisans du président vénézuélien : « Après l’élection illégitime de Nicolás Maduro en mai 2018, l’Europe soutient la restauration de la démocratie. Je salue le courage des centaines de milliers de Vénézuéliens qui marchent pour leur liberté. » Le 20 mai 2018, le président vénézuélien sortant se porte candidat à sa succession. [..]

Officiellement, Nicolás Maduro l’a emporté avec 67,8 % des voix, mais la participation n’a pas dépassé les 46 %. Selon des enquêtes indépendantes, citées par le site d’information d’opposition Efecto Cocuyo, l’abstention aurait en réalité approché les 70 %.

En outre, selon notre envoyée spéciale Claire Meynial, de gros doutes subsistent quant à la fiabilité des machines électroniques de marque Smartmatic, utilisées pour voter lors du scrutin du 20 mai 2018. D’autant que le constructeur lui-même a indiqué dès 2017 qu’il ne pourrait plus garantir la fiabilité des résultats des élections au Venezuela. Ainsi, dès mai 2018, la réélection de Nicolás Maduro a été rejetée par les États-Unis, l’Union européenne et de nombreux pays d’Amérique latine.

Le 23 janvier dernier, le président américain Donald Trump a créé la surprise en reconnaissant le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Juan Guaidóo comme le président intérimaire du Venezuela. Dès lors, de concert avec ses partenaires européens, Emmanuel Macron est, lui aussi, passé à l’offensive. « Le peuple vénézuélien doit pouvoir décider librement de son avenir », a écrit samedi le président de la République sur Twitter. […]

À l’occasion de ce séjour [en Egypte], plusieurs ONG, dont Amnesty International, la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh), Human Rights Watch et EuroMed Rights, ont dénoncé l’aggravation de la situation des droits humains dans le pays, notamment l’utilisation de lois antiterroristes pour arrêter des militants des droits de l’homme. « On recense aux alentours de 60.000 détenus prisonniers d’opinion en Égypte, des activistes défenseurs des droits humains, défenseurs des droits des femmes, ont été poursuivis, condamnés », a déclaré jeudi, lors d’un point de presse, Antoine Madelin, responsable du plaidoyer pour la Fidh, selon l’Agence France-Presse.

Et, ce lundi, plusieurs ONG, dont Amnesty et Human Rights Watch, ont publiquement appelé Emmanuel Macron à […]« la suspension de toute vente française d’armes qui pourraient être utilisées pour commettre ou faciliter des violations graves du droit international ».

[…] Depuis [2015], la France a obtenu quelque 6 milliards d’euros de commandes de la part de l’Égypte, qui est devenue son troisième client en matière d’armement.

[…]


Armin Arefi , Le Point.fr – Titre original : « Venezuela-Égypte : l’indignation sélective d’Emmanuel Macron  ? » – Source (Extrait)