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On se souvient de la polémique créée par Chantal Jouanno, présidente de la commission nationale du débat public (CNDP) – commission normalement indépendante des pouvoirs en place – le refus d’organiser et de de diriger le débat national voulu par Macron. Mais la suite aussi est savoureuse. MC

Polémique contagieuse

Pourquoi Matignon et l’Élysée, se sont bien gardés de suivre la suggestion de Chantal Jouanno, qui leur demandait de « revoir à la baisse » le montant de sa rémunération, [en voici la] cause :

il aurait fallu réviser du même coup celle de nombreuses éminences. Notamment les traitements des 25 autres présidents d’autorités administratives indépendantes, dont les appointements mensuels s’échelonnent de 1.500 à 20.000 euros, pour une charge de travail et des responsabilités pas toujours en rapport…

Ce grand remue-ménage aurait également braqué les projecteurs sur huit cumulards de la fonction publique, qui touchent par ailleurs des pensions.

En principe, les ex-fonctionnaires à la retraite ne peuvent percevoir un salaire supérieur à un (gros) tiers de leur retraite. Mais, pour les plus hauts gradés, la loi prévoit une exception : quand ils participent à « des activités juridictionnelles ou assimilées, ou à des instances consultatives ou délibératives », il n’y a plus de limite.

La définition s’applique pile-poil aux autorités administratives indépendantes et à d’autres institutions, tel le Conseil constitutionnel, composé quasi exclusivement de hauts fonctionnaires retraités. Ce sucre d’orge leur avait été accordé en 2003 par le gouvernement Raffarin.

Aujourd’hui, seulement deux ascètes ont refusé d’en profiter. Charles Coppolani, qui préside l’Autorité de régulation des jeux en ligne, a ainsi (provisoirement) renoncé à sa retraite de contrôleur général économique et financier. Il assure également avoir demandé — et obtenu — une baisse de sa rémunération : 16.250 euros brut par mois, tout de même…

L’ex-préfet de région Jean-François Carenco a mis, lui aussi, sa retraite entre parenthèses. Il se « contente » de ses 16.666 euros brut de patron de la Commission de régulation de l’énergie. Mais il va bientôt pantoufler chez le promoteur Cogedim …

Parmi les huit cumulards « retraite-salaire », quatre encaissent des montants fort confortables. Ainsi Jean-Louis Nadal, qui a ajouté à ses 8.000 euros mensuels de président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique 7.000 euros (brut) d’ancien procureur général de la Cour de cassation.

Olivier Schrameck et Francis Delon, respectivement patron du CSA et de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (alias les « grandes oreilles »), font mieux encore avec, grosso modo, 15.000 euros d’émoluments, plus 6.000 euros de pension du Conseil d’État.

Mais c’est l’ancien ministre Jacques Toubon qui décroche le pompon : son traitement de 15.725 euros mensuels de défenseur des droits vient gonfler ses pensions d’administrateur civil et de conseiller d’État, ainsi que sa triple retraite d’adjoint au maire de Paris, de député et de parlementaire européen !

Pudique, Jacques Toubon refuse de dévoiler le montant de ses revenus au « Canard ». Le total pourrait avoisiner les 30.000 euros mensuels …


Hervé Liffran -Le Canard Enchainé – 16/01/2019