Débat … où des hauts et des Bas médiatiques d’abord !

Le grand débat souhaité par le pouvoir pour étouffer la contestation populaire sous un flot de paroles n’y a pas mis fin. Dans certaines villes, comme Toulouse, la mobilisation a même dépassé les précédentes. S’il en est ainsi c’est que, cadenassé et transformé en campagne électorale du Président, ce débat ne peut répondre aux souffrances sociales, aux urgences écologiques et démocratiques.

La mise en scène présidentielle des deux rencontres organisées devant les maires de Normandie et d’Occitanie exacerbe les colères. M. Macron ne semble pas avoir saisi que le lien privilégié qu’il prétend nouer avec le peuple français par la grâce de nos institutions est rompu. Tomber la veste dans des discours marathon terminés en sueur pour signifier l’héroïsme ne suffit plus. Ce ne sont pas des postures qu’attendent les Français mais des actes, à commencer par le rétablissement de l’impôt sur la fortune, prélude à une nécessaire révolution fiscale et la progression du pouvoir d’achat.

Les maires ont beau être sollicités avec affliction, ils font part de leur réserve, craignant que leur aura soit utilisée pour préserver le pouvoir, alors qu’ils sont parmi les rares élus à rester épargnés par la grande et profonde défiance populaire.  Ils se souviennent également avoir été appelés au sacrifice depuis le début du quinquennat, tout en essuyant le mépris des « sachants » qui nous gouvernent quand ils tiraient la sonnette d’alarme sur leur manque de moyens et la difficulté accrue de leur tâche. Il n’est pas dit qu’ils supporteront plus longtemps ce qui s’apparente plus à des cours de l’ENA qu’à la résolution des problèmes rencontrés par les travailleurs, les privés d’emploi et les retraités.

En vérité, le pouvoir ne veut fondamentalement rien changer. Pourtant, son service constant aux puissances financières et le refus de transformer radicalement une construction européenne dédiée à l’argent-roi entrent en contradiction avec les intérêts populaires qui se manifestent de manière spectaculaire. L’enquête de l’association ATTAC tombe à point nommé pour démontrer comment les grandes entreprises cotées en bourse augmentent leurs profits au détriment de l’emploi, abîment l’environnement tout en augmentant les versements de dividendes aux actionnaires. Il est symptomatique que lors du débat en Normandie, région dévastée par les effets de la mondialisation capitaliste, jamais M. Macron n’ait évoqué la reconquête industrielle. Voilà ce qu’il serait urgent de porter dans le débat !

De même, il n’y a pas d’issue aux difficultés sans remettre en cause le co-pilotage par les gouvernements et les institutions européennes des destructions sociales, écologiques, démocratiques, agricoles, industrielles, provoquant fractures territoriales, chômage et pauvreté. La refondation profonde de la construction européenne n’est donc pas une option mais une obligation pour faire sauter les verrous qui empêchent de développer les services publics, de progresser vers la justice fiscale, d’harmoniser par le haut des salaires et les protections sociales, de combattre l’évasion fiscale, d’élaborer une taxation commune des géants du numérique, et d‘investir utilement dans l’emploi et la transition écologique. Oui, le verrou de l’Europe ultralibérale et les moyens de le dépasser doivent être mis en débat. Il n’y a aucun fatalisme dès lors que les peuples se mettent en mouvement.


Patrick Le Hyaric – Député Européen GUE – Source (Extrait)


 

Une réflexion sur “Débat … où des hauts et des Bas médiatiques d’abord !

  1. fanfan la rêveuse 26/01/2019 / 11:46

    Bonjour Michel,
    « Il est symptomatique que lors du débat en Normandie, région dévastée par les effets de la mondialisation capitaliste, jamais M. Macron n’ait évoqué la reconquête industrielle. Voilà ce qu’il serait urgent de porter dans le débat »
    Attention encore une fois, qu’il soit bien clair que je défends nullement notre président mais essaye d’être le plus juste possible dans ma réflexion.
    Il y a comme un souci dans cet article, car j’ai visionné les 7h de débat de Souillac, certes pas celui de Normandie. Mr Macron en parle, il explique d’ailleurs le pourquoi de son refus de remettre en place ISF. Cet impôt fait fuire les éventuels gros patrons et entreprises, de ce fait les français n’ont plus assez de travail, l’effet boule de neige…

    Alors devant cette incapacité des journalistes, des médias et de nos politiques d’être totalement honnêtes, je vais donc prendre du recul avec tout cela . Car en agissant ainsi, il ne sera jamais possible d’avancer positivement et de remettre la France dans une posture bénéfique, je jette l’éponge…

    Très bon week-end à vous Michel ! 🙂

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