Étiquettes

,

Selon toutes les enquêtes, nos concitoyens n’attendent rien ou si peu de la missive postée par le Président de la République pour ce fameux débat. Celui ci avait déjà du plomb dans l’aile, tant a été répété sur tous les tons par les perroquets du macronisme que ses conclusions ne remettraient en cause ni l’action ni les projets du gouvernement.

Ce n’est plus le débat, c’est le débarras des questions gênantes. Le retrait de la Présidente de la Commission nationale du débat public ne saurait être réduit à la polémique sur sa rémunération. C’est bien le débat lui-même, son organisation et sa finalité qui font l’objet d’une grande circonspection, jusque dans les hautes sphères de l’État.

En lisant attentivement la missive du Président de la République on comprend bien que le pouvoir ne veut rien entendre. C’est le même argumentaire depuis quatre semaines. Le périmètre des questionnements exclut ceux relatifs à l’augmentation des salaires, à l’utilisation de l’argent et au travail, en somme tout ce qui motive le plus les gilets jaunes et la majorité de ceux qui les soutiennent et concerne au premier chef la sphère de l’entreprise et de la production. Ceci au moment où les chiffres des versements de dividendes aux actionnaires par les multinationales à pavillon français atteint 57,4 milliards, soit un nouveau record depuis la crise de 2008. Record scandaleux !

D’une part, parce qu’il témoigne de l’ampleur de l’accaparement privé des richesses produites par le travail humain. D’autre part, parce qu’il est le signe avant-coureur d’un nouvel orage financier, une bonne partie de cette somme astronomique allant nourrir des bulles spéculatives qui menacent d’exploser une nouvelle fois à la face des sociétés. Le fait que l’entreprise Total, directement liée au déclenchement du mouvement contre la hausse des prix du carburant et étroitement concernée par la transition écologique soit la championne de ces versements indécents devrait interroger.

Loin de vouloir en débattre le Président s’est cru autorisé à une nouvelle provocation, déclarant que « Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu’on peut obtenir sans que cet effort soit apporté, que parfois on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République (…) il y a des devoirs ».

Les devoirs de qui ? De ceux qui souffrent le plus quand les « premiers de cordée » sont à la fête. Car cette sentence s’adresse à la France des bas salaires, des sans-emplois, des ouvriers, des paysans, des petits artisans, en aucun cas aux actionnaires et à leurs fondés de pouvoir qui s’attribuent des sommes sans commune mesure ni avec leurs compétences, ni avec leur labeur. Des sommes qui échappent à la rémunération du travail, aux investissements productifs et aux contributions fiscales.

La violence de ces propos, dans la lignée d’autres prononcés en 2018, s’augmente de la violence des réactions policières encouragées par le pouvoir, et de la restriction des libertés publiques, le ministre de l’Intérieur s’attribuant le droit de restreindre le droit constitutionnel de manifester. Ces stratégies d’humiliation sont la seule réponse apportée à une crise sociale et démocratique qui vient de loin et du plus profond de notre société. L’exécutif met de l’huile sur le feu, courant le risque de ne plus être écouté.

L’apaisement nécessaire viendra de la capacité qu’aura la population, avec et au-delà des gilets jaunes, à obtenir la prise en compte au sommet de l’État des enjeux cruciaux que constituent le besoin d’une ère nouvelle de la démocratie et d’une autre utilisation de l’argent des banques, dont celui produit par la Banque centrale européenne, l’évasion fiscale et la taxation des géants du numérique, les cadeaux sociaux et fiscaux aux grandes entreprises sans résultat pour l’emploi, la transition écologique. Sans omettre que tous ces sujets ont à voir avec le carcan des traités européens. Les prochaines semaines seront cruciales.


Patrick Le Hyaric – Député Européen GUE – Source