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Emmanuel Macron espère toujours en faire l’outil de sa reconquête de l’opinion. Mais ce pourrait être un nouvel épisode de son annus horribilis. Conçu pour répondre à la crise des  » gilets jaunes « , le  » grand débat  » national voulu par le chef de l’Etat, dont le lancement est prévu mardi 15 janvier, commence mal.

Par ailleurs, la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), qui devait en garantir l’indépendance et la transparence, a préféré jeter l’éponge, sa démission intervient alors que l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy avait déjà exprimé des inquiétudes sur le risque que ce débat apparaisse aux Français comme une opération politique pilotée exclusivement par le pouvoir.

Au sein du gouvernement, les avis divergent sur l’étendue des thèmes qui doivent être mis à la discussion générale. Invité de BFM-TV mardi 8 janvier, Benjamin Griveaux a annoncé que ni le droit à l’interruption volontaire de grossesse, ni l’interdiction de la peine de mort, ni le mariage pour tous ne « seront sur la table », donnant le sentiment de vouloir verrouiller par avance les discussions.

La décision de Chantal Jouanno est d’autant plus dommageable pour l’exécutif que celui-ci a fait du « grand débat » l’élément central de son opération reconquista face à la crise des « gilets jaunes ». « Beaucoup de Français, mais aussi les élus, les syndicats, veulent sortir de ce conflit. La consultation lancée par le président peut être la solution », estime Sacha Houlié, député La République en marche (LRM) de la Vienne.

Signe de son implication, le chef de l’Etat, qui doit présenter le « grand débat » dans une lettre aux Français publiée dans quelques jours, a lui-même prévu d’y participer. Le 15 janvier, Emmanuel Macron se rendra ainsi dans l’Eure, fief de son ministre chargé des collectivités locales, Sébastien Lecornu, pour y rencontrer plusieurs dizaines de maires, notamment de petites communes, qui ont ouvert des  » cahiers de doléances  » pour permettre à leurs administrés d’exprimer leurs attentes.

[…] « Les “gilets jaunes” ne traduisent pas une envie de statu quo, mais un besoin de résultats. Ce qu’ils nous reprochent, c’est de ne pas voir l’impact des réformes dans leurs vies. Les gens veulent voir les choses bouger », estime-t-on à l’Elysée. « Peut-être avons-nous trop composé avec certains conservatismes, nous allons changer cela, (…) nous allons aller plus loin dans le changement, être plus radicaux », a résumé Benjamin Griveaux, à l’issue du conseil des ministres le 4 janvier.

[…] Soucieux de ne pas jeter de l’huile sur le feu, l’exécutif a néanmoins décidé d’adapter son calendrier. Sur les trois chantiers inscrits à l’agenda 2019 par le président de la République – les retraites, l’assurance-chômage et la fonction publique –, priorité devrait être donnée à la réforme de l’Etat. […]

A la tête de l’Etat, on estime que la réforme de la fonction publique est le chantier le moins susceptible de provoquer des polémiques. « Les fonctionnaires, c’est cinq millions de personnes, alors que les retraites, ça touche tout le monde », souffle un conseiller, persuadé que les « gilets jaunes » ne se mobiliseront pas contre une baisse des dépenses de l’Etat. « Si on réussit cette réforme, cela peut nous redonner de la dynamique, comme une première marche sur laquelle on s’appuie pour prendre l’impulsion », estime même cette source.

A l’inverse, les grandes lignes de la réforme des retraites ne seront pas dévoilées avant le début de l’été. Pas question de compliquer les élections européennes, prévues le 26 mai, avec un sujet aussi éruptif. […]

Olivier Faye – Le Monde – Titre original : « Le  » grand débat  » national démarre mal » – Source (Extrait)