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Pas de taxation pour les Gafa avant 2021, pas de budget européen avant les calendes grecques, pas de renforcement de l’union bancaire et des mécanismes pour contrer une éventuelle crise financière avant 2020… au terme de 19 heures de discussions, la réunion de l’Eurogroupe s’est achevée mardi 4 décembre sur un accord de façade qui ne mène à rien.

Et le gouvernement français, qui avait fait de cette réunion un rendez-vous d’importance pour ses projets de réforme européenne, est reparti les mains vides.

Le président de l’Eurogroupe, le ministre portugais des finances Mário Centeno, a tenté de faire bonne figure. L’accord obtenu, selon lui, marque « une avancée significative sur des points clés », même si le résultat a donné lieu « à des négociations intenses et harassantes ». L’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas notamment se sont opposés sur de nombreux sujets. [… ]

Derrière les apparences, le résultat pourtant ne fait aucun doute : l’Allemagne, une nouvelle fois, est parvenue à imposer ses vues. Le tweet d’un journaliste du quotidien financier Handelsblatt résume à lui seul la situation : « Eh bien, si ce n’est pas un compliment ? La CDU est très satisfaite de la réforme du ministre des finances du SPD négociée sur l’euro. @OlafScholz a dans la réforme de l’union monétaire “pleinement appliqué notre ligne”, disent-ils. »

La ligne de la droite allemande ?

Surtout s’en tenir aux règles et à l’austérité, et ne rien changer à un déséquilibre économique et financier qui profite tant à l’Allemagne. Selon des méthodes parfaitement éprouvées depuis 2009, Berlin a donc joué la temporisation, promettant des changements mais dans un avenir toujours plus indéterminé. « L’Allemagne soutient publiquement la France, tout en s’opposant à ses vues en coulisse », notait le Financial Times, pointant notamment le double jeu de Berlin avec la « nouvelle ligue hanséatique », qui regroupe les Pays-Bas, la Finlande, l’Irlande, notamment. [… ]

La réunion de l’Eurogroupe a déchiré le voile des apparences.

Alors qu’Emmanuel Macron fait face à une révolte des Français jamais vue depuis 50 ans, dont une partie justement est liée aux politiques européennes, le gouvernement français revient de Bruxelles les mains vides. Il ne lui a même pas été accordé une mesure qui lui aurait permis de donner le change. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne la fiscalité sur les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). Le gouvernement français en avait fait une mesure emblématique de son combat contre l’évasion fiscale.

À l’avenir, les multinationales ne devaient plus pouvoir échapper à l’impôt dans la zone euro, s’était engagé le ministre des finances, Bruno Le Maire. En novembre, il espérait encore obtenir un accord sur ce point. Dès l’annonce de ce projet, Angela Merkel s’était pourtant montrée très réservée. Depuis que Washington menace de frapper de 25 % les importations automobiles européennes (une mesure qui vise en premier les constructeurs allemands), Berlin était encore plus récalcitrant : une taxation des Gafa, tous américains, risquait d’amener des rétorsions visant directement les intérêts de l’automobile allemande.

Angela Merkel a donc botté en touche. Tandis que les constructeurs allemands, passant par-dessus les négociations européennes, sont en train d’organiser une rencontre directe à la Maison Blanche pour discuter des contreparties attendues par Donald Trump, la chancelière allemande préconisait d’attendre un accord international sur la taxation des multinationales du numérique. Et l’Eurogroupe a décidé de faire comme Angela Merkel le souhaitait. [… ]

Comme à son habitude, Angela Merkel a donné un accord de principe à Emmanuel Macron en novembre, mais un accord si flou, si vague qu’il n’est que symbolique. Lors de la réunion de l’Eurogroupe, l’Allemagne et les pays de la ligue hanséatique ont dit ce qu’il fallait en attendre : ils sont radicalement contre. [… ]


Martine Orange, Médiapart – titre original : « Taxation des Gafa, budget européen: la France repart les mains vides » – source (extraits)