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Comment se mettre à dos en même temps les représentants des cultes, les athées, les francs-maçons et autres tenants de la laïcité ?

Le gouvernement est en passe de réaliser cet exploit avec son projet de réforme de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État, censé marginaliser les islamistes intégristes.

[Macron et son équipe de conseilleurs-penseurs-philosophes comprenant Castaner et plein d’affidés, ne doute de rien et se comporte en dictateur suprême. MC]

Si les laïcards se méfient de toute remise en cause de ce texte sacré, les religieux ne digèrent pas l’attitude de l’Élysée et du ministère de l’Intérieur. Ces derniers ont d’abord rédigé un avant-projet de loi et l’ont fait fuiter dans la presse, avant d’inviter cathos, protestants, juifs et orthodoxes à venir discuter d’une réforme quasi bouclée à l’avance.

«Nous sommes demandeurs d’une réelle concertation et non pas d’une consultation», tacle le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly.

Les représentants de l’islam ne se montrent guère plus aimables. « Il est hors de question qu’il y ait une loi spécifique aux musulmans », avertit, dans « Le Monde » (24/11), Anouar Kbibech, vice-président du Conseil français du culte musulman.

Gâterie pour imams

Macron et Castaner entendent pourtant contraindre les associations gérant les mosquées à quitter le statut de la loi de 1901, jugé trop laxiste. Elles devront adopter le cadre de la loi de 1905, réservé aux associations à but exclusivement cultuel, et qui permet (en principe) un contrôle renforcé des flux financiers.

Pour amadouer les imams, le projet prévoit que leurs associations cultuelles auront désormais le droit de percevoir des revenus immobiliers, tout en bénéficiant d’un régime fiscal ultra-favorable. Jusqu’à présent, la loi de 1905 interdit ce genre de commerce, mais l’Église catholique s’en est déjà affranchie et encaisse, en toute impunité, de copieux revenus locatifs.

Cette réforme risque de ne rien régler du tout. Et pour cause : comme les représentants des autres religions, des musulmans animent également un incontrôlable (et influent) réseau de services charitables ou éducatifs.

Dépourvues de but cultuel officiel, ces structures ne peuvent (par nature) être pilotées que par des associations 1901. La nouvelle loi n’empêchera donc pas les excités de donner des cours dans des écoles intégristes, d’organiser des pèlerinages salafistes ou d’encaisser, en toute opacité, le pognon des fidèles, comme le font aujourd’hui certains ensoutanés traditionalistes…

Macron souhaite également renforcer la police des cultes pour museler les prédicateurs énervés. Il s’agit de durcir les condamnations en cas de prêches antirépublicains ou appelant à la violence.

Mais, cette fois, c’est la hiérarchie catho qui est toutes crosses dehors : « La Croix » (12/11) s’est alarmée de voir ainsi remis en cause le droit des curés à monter en chaire pour qualifier « l’avortement de crime ».

Après l’alliance du sabre et du goupillon, celle des mitrés et des barbus ?


Hervé Liffran – Le Canard Enchaîné 28/11/2018