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Macron en Belgique …

 

Dessin de Sondron

Au lendemain d’un week-end marqué par les manifestations des “gilets jaunes”, contre la hausse des taxes sur le carburant en France, le président Macron et son épouse sont en visite d’État en Belgique ces lundi 19 et mardi 20 novembre. “Une visite pratiquement inédite”, note le journal belge Le Soir, puisque “jamais depuis 1971 un président français n’avait fait une visite d’État au Royaume”. Mais à en croire le dessin de Sondron, pas sûr que cet événement permette au président français d’oublier les contestations qui s’expriment actuellement dans son pays. Courrier International – Source


Quelle suite pour les “gilets jaunes” en France et que va faire le gouvernement ?

Pour les “gilets jaunes”, le baptême du feu ce week-end, aura été plutôt réussi. Brouillonne, peu structurée, parfois même violente, la mobilisation aura cependant été au rendez-vous, estime La Libre Belgique, qui s’interroge sur la marge de manœuvre du gouvernement français.

Samedi, selon le ministère de l’Intérieur, ce sont plus de 285 000 personnes qui ont manifesté partout en France, bloquant notamment un grand nombre de ronds-points, routes et autres péages autoroutiers. Dimanche, des blocages perduraient encore sur environ 150 sites dans l’Hexagone.

Au final, ce n’était sans doute pas l’immense marée jaune que craignait le gouvernement, mais tout de même une mobilisation substantielle, pour un mouvement sans leader et sans organisation autre que celle qui s’est constituée spontanément sur les réseaux sociaux.

Quelle suite ?

D’ores et déjà, c’est la question de la suite à donner au mouvement qui se pose. Laëtitia Dewalle, une des figures de la contestation dans le Val-d’Oise, a ainsi indiqué sa volonté de poursuivre le mouvement. “Jusqu’à ce que l’État prenne en compte nos revendications”, a-t-elle martelé. Seul problème : faute de structuration unitaire, il est bien difficile de savoir quelles sont exactement les requêtes des “gilets jaunes”Le mouvement est d’abord et avant tout un mouvement protestataire – “poujadiste”, a même estimé Emmanuel Macron – né de la colère liée à la hausse du prix des carburants.

Dans un second temps, les doléances se sont étendues aux questions liées au poids des taxes, puis encore plus généralement aux problèmes du pouvoir d’achat. Voilà qui ne fait cependant pas un catalogue de revendications comme serait susceptible d’en produire un syndicat. Certes, quelques demandes se sont faites plus précises – hausse du Smic, gratuité des transports ou encore annulation de la hausse de la CSG pour les retraités. Certains porte-parole des “gilets jaunes” ont aussi réclamé un référendum sur la hausse de la taxe carbone.

Répondre à la mobilisation

Mais aucune de ces revendications n’est clairement portée et assumée par le mouvement dans son ensemble. S’ils veulent durer, les “gilets jaunes” vont rapidement devoir se structurer. Pour l’heure, une seule attente émerge clairement : obtenir une réponse à la mobilisation qui vienne d’Emmanuel Macron lui-même. Durant le week-end, le président de la République a en effet été le sujet de tous les slogans, et la cible de toutes les attaques. En déplacement à Berlin dimanche – il prenait part à des commémorations allemandes du souvenir pour les victimes des guerres –, l’hôte de l’Élysée s’est refusé à s’exprimer sur ce sujet de politique intérieure. Pas question pour lui de se laisser aller à une de ces petites phrases qui mettent si souvent le feu aux poudres.

Il a laissé ses ministres répondre à la mobilisation : le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner d’abord, samedi soir, qui s’est cantonné aux questions de sécurité. Puis c’est François de Rugy, le ministre de l’Écologie, qui dans Le Parisien dimanche a tenté de faire la pédagogie de la taxe carbone imposée par le gouvernement. S’il a entendu “l’expression d’une impatience”, de Rugy n’en a pas moins confirmé que le gouvernement poursuivrait “la trajectoire prévue” en matière de fiscalité écologique. Enfin, c’est le Premier ministre lui-même, Édouard Philippe, qui s’est invité au JT de 20 heures de France 2, dimanche soir.

Éruption de colère

Pour le duo de l’exécutif, en chute libre dans les sondages, le chemin est particulièrement étroit. Et ce d’autant qu’il a déjà grillé quelques cartouches en annonçant la semaine dernière des mesures en faveur du pouvoir d’achat.

Il n’a désormais plus guère d’autre choix que de tenir bon, en attendant que les réformes économiques mises en place finissent par porter leurs fruits. Tout en espérant que cette éruption de colère de la France périphérique retombe aussi vite qu’elle est montée.

Benjamin Masse La Libre Belgique – Courrier International – Source


Allemagne. Le peuple de France voit jaune

Le soulèvement contre la politique d’Emmanuel Macron fait des petites couches moyennes et inférieures de la société française un adversaire politique imprévisible.

La nuit tombe, mais les manifestants voudraient s’attarder sous l’Arc de Triomphe. On les identifie plus clairement que de jour. Ils portent des gilets jaunes de sécurité, qui émettent des reflets aveuglants sous les lueurs de l’éclairage urbain. Des policiers antiémeutes en uniformes sombres, équipés de matraques et de boucliers, tentent de repousser les silhouettes lumineuses dans les rues adjacentes. Quelques contestataires allument des feux de Bengale. En arrière-plan, comme tous les soirs, la tour Eiffel scintille.

On pourrait croire à une banale manifestation parisienne, mais c’est en réalité le début de quelque chose d’inédit : en ce 17 novembre, ni les syndicats, ni les autonomes, ni les partis, ni les corporations, ni même les agriculteurs ou les chauffeurs routiers, qui, en France, sont si prompts à descendre dans la rue, n’ont appelé à manifester.

Le peuple s’est soulevé

Pourtant, tout le pays, des Pyrénées au Rhin, de la Bretagne aux Alpes, a vu des foules se rassembler. Plus de 280 000 personnes, selon les chiffres communiqués le soir même par le ministère de l’Intérieur, ont bloqué carrefours, péages et autres axes de communication pendant toute la journée.

Le peuple s’est soulevé.

Partout dans le pays, des bouchons interminables se sont formés. Le périphérique parisien s’est retrouvé bloqué. Impossible d’accéder aux autoroutes qui descendent vers l’Espagne. Il a fallu dégager le tunnel du Mont-Blanc, non de la neige, cette fois, mais des gens.

Ces gilets jaunes sont le symbole des manifestants, d’où leur nom. Leur revendication : la suppression de la hausse des taxes sur le carburant. Leur slogan le plus entendu ce jour-là : “Macron, démission !” Mais cela ne suffit pas à décrire avec exactitude ce nouveau mouvement citoyen. Il y a autre chose. Ce qui se reflète dans la rue, c’est une sorte de nouvelle conscience des couches sociales inférieures et des petites couches moyennes. Une conscience qui se cherche des formes d’organisation démocratique inexplorées. Contre quoi on proteste vraiment, ce n’est pas tout à fait clair. Mais cela va bien plus loin qu’une augmentation des taxes à la pompe.

“Je ne partirai pas !”

Ce qui surprend : toutes ces manifestations se sont déroulées sans tribunes ni orateurs. Il a suffi d’indiquer les points de rassemblement sur les réseaux sociaux. La plupart du temps, des ronds-points et des parkings de supermarchés. Environ 3 000 barrages au total.

“Gaulois en colère”, pouvait-on lire sur le gilet d’un manifestant à Paris pendant qu’un autre brandissait une pancarte proclamant : “La Macronie est coupée du peuple !” Dans la foule, une dame âgée explique que son fils parcourt 150 kilomètres chaque jour pour aller travailler, qu’il gagne 2 000 euros par mois et qu’il n’a plus d’argent pour se payer à manger après le 20 du mois. Se tenant au niveau d’un barrage de police, à quelques centaines de mètres du palais de l’Élysée où le président Macron passe des heures difficiles, elle s’écrie : “Vous ne voyez pas le peuple, monsieur le Président ! Je ne partirai pas !

Il n’est pas simple de comparer ce moment à d’autres mobilisations du passé. En 1983, les Français étaient déjà descendus par millions dans la rue pour manifester contre François Mitterrand. Le motif de leur colère ? Leur nouveau président de gauche voulait interdire les écoles privées. Derrière cette contestation, il y avait la peur que Mitterrand n’instaure le socialisme en France. Une inquiétude parfaitement infondée, ainsi que les Français ne tarderaient pas à le découvrir.

Aucune force démocratique ne défend leur prospérité

Les craintes actuelles sont de nature moins politique, mais elles sont plus profondément enracinées. Elles sont nourries par la peur de perdre une prospérité que plus aucune force démocratique ne défend en France.

Présent aux commémorations du “jour de deuil national” (Volkstrauertag) le 18 novembre à Berlin, où il a prononcé un discours devant le Bundestag, Emmanuel Macron a échappé à cette colère. Mais les “gilets jaunes” ne le lâchent pas et pourraient devenir ses principaux opposants politiques. Macron a déjà hérité du surnom de “président des riches”, non seulement à cause de l’augmentation du prix du carburant, mais surtout à cause de ses cadeaux fiscaux qui ont surtout bénéficié aux entreprises et aux grandes fortunes.

D’ordinaire, Emmanuel Macron défend activement ces mesures comme une nécessité économique. Mais le jour où les “gilets jaunes” étaient dans la rue, il s’est fait particulièrement discret. Seul le ministre de l’Intérieur est intervenu. Après la mort d’une manifestante et le signalement de plusieurs blessés, il a appelé les “gilets jaunes” à suspendre les blocages de routes à la tombée de la nuit. Dans la soirée, on dénombrait pourtant encore près de 200 points de blocage dans le pays. Et cela n’est peut-être pas près de s’arrêter.

Georg Blume Der Spiegel – Hambourg – Courrier International – Source


Colère jaune contre le président Macron

“Le pays voit jaune”, titre Die Welt, affichant un gilet de sécurité sur la carte de la France et le drapeau tricolore de la “Grande Nation”. “Les Français ont toujours aimé manifester, assure le quotidien berlinois conservateur, mais cette fois, ils y vont fort. La contestation massive de la hausse des prix du diesel par le mouvement des ‘gilets jaunes’ paralyse le pays, et Paris fait l’objet de graves échauffourées. Comment en est-on arrivé là ?”

Pour tenter de répondre à la question, Die Welt recentre le sujet sur Jacline Mouraud, dont la vidéo contestatrice est à l’origine de la mobilisation, et en qui le journal voit “un leader officieux”. “Mère de trois enfants et révolutionnaire à ses heures, Jacline Mouraud impute la responsabilité de la violence des ‘gilets jaunes’ dans la rue au président Macron”, résume le journal, qui se montre compréhensif envers la détermination de cette Bretonne qui “gagne moins de 1 000 euros par mois”.

Die Welt – Berlin – Courrier International – Source