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Pour Édouard Philippe, le télétravail est une piste intéressante… qui pourrait permettre de réduire la facture des arrêts de travail?

Le coût des indemnités journalières de l’Assurance Maladie a explosé ces dernières années, pour atteindre 10,3 milliards d’euros. Les arrêts de plus de trente jours représentent 82% des dépenses. Le 14 novembre, sur RTL, Édouard Philippe a indiqué qu’il fallait se garder de « mélanger arrêt de travail et télétravail », mais qu’il serait « intéressant » de pouvoir « avoir une reprise progressive par le télétravail […] arrêter de se placer dans des situations trop binaires, où l’on ne travaille pas car on n’en a pas le droit, puis ensuite on doit travailler complètement. »

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La veille, syndicats, patronat, médecins et acteurs de la protection sociale ont évoqué ensemble les premières pistes d’action de Jean-Luc Bérard, Stéphane Oustric et Stéphane Seillier. Ce trio doit remettre un rapport fin décembre, avec ses recettes pour « agir sur l’ensemble des causes des arrêts de travail ». Le télétravail a été mentionné lors des débats… mais pas dans l’esprit du Premier ministre.

« Par peur d’une perte de revenus, d’une charge de travail trop importante ou de difficultés avec l’employeur, des salariés font du ‘présentéisme’, explique Serge Legagnoa, secrétaire confédéral FO. Ils tirent sur la corde et finissent par connaître des arrêts plus longs. Sur contrôle du médecin, ils pourraient télétravailler ou obtenir, sans arrêt de travail préalable, un temps partiel thérapeutique. »

  • Tout de la fausse bonne idée

« A la CPME, le mi-temps thérapeutique séduit, mais pas le télétravail. Il ne correspond pas à toutes les entreprises et types de poste », signale Jean-Michel Pottier, vice-président de la CPME. « Et ce n’est pas cela qui va vraiment freiner l’inflation des indemnités journalières »« La CPME milite notamment pour mieux traquer les médecins prescripteurs » qui abusent ».

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Le principe du télétravail ne rebute pas la CFDT, pour les arrêts courts comme pour les arrêts longs. « Au bout de six mois d’arrêt de travail, 50% des salariés ne reprennent pas leur activité. Au bout d’un an, ils sont 20%, rappelle Catherine Pinchaut, secrétaire nationale à la CFDT. Le télétravail peut être un moyen d’agir sur cette désinsertion, à condition que la pathologie le permette. »

« Comment un médecin traitant, qui ne connaît pas l’entreprise et son organisation, pourrait juger si la personne est en état de télétravailler ou non ? » s’interroge Jérôme Vivenza, à la CGT. A la CFE-CGC, le fait même de mixer arrêt de travail et télétravail effraie: « Cela a tout de la fausse bonne idée, prévient François Hommeril. C’est la porte ouverte à des pressions sur ceux qui ne voudraient pas, quand leurs collègues acceptent. »

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Parmi les autres pistes au menu du rapport prévu pour fin décembre, figure l’égalisation des jours de carence entre secteur privé et public, voire leur suppression. Leur efficacité fait débat. Ils peuvent pousser à allonger l’absence.

La suppression des indemnités journalières sur demande de l’organisme chargé de la contre-visite patronale est également évoquée. Concernant les arrêts courts, l’accélération de la dématérialisation des déclarations est perçue comme un outil de contrôle. Aujourd’hui, le temps que la paperasse soit traitée, le salarié est déjà de retour à son poste.


Marianne Rey, L’Express – Source :