La grogne des maires de France

Dans l’actualité du moment en ce novembre 2018, il ne faut négliger aucune grogne : qu’elles soient des gilets jaunes (même si la revendication contre les taxes sur l’énergie n’est pas la vraie raison de ras le bol, mais bien le pouvoir d’achat de plus en plus restreint pendant que d’autres se gobergent), … qu’elles proviennent  a très juste titre du personnel en blouses blanches des hôpitaux et plein d’autres littéralement assommés par les difficultés de joindre les bouts de mois qui ne cessent de se succéder, sans espoir d’une amélioration, précarises chômeurs, retraites…

Un ensemble de revendications pas très loin de l’ouverture d’un chamboule tout, peut-être sous la forme de révolte populaire d’un coté mais aussi faudra-t-il compter sur ce qui se joue en ce moment dans le municipalité et la révolte des maires. Ils dénoncent rien de moins que la perte locale de la démocratie dans le petites municipalités (entre 100 et 2000 habitants, elles sont nombreuses en « ruralité »).

L’abandon n’est pas récent il est dans la « continuité » de la decentralisation voulue et décrétée (par l’instauration  des différentes lois dont Gaston Defferre était l’instigateur) des regroupements des mairies en intercommunalités, communautés d’agglomérations, métropoles, une stratégie destinée à éloigner les maires de décisions administratives, juridiques, culturelles ou sportives (et même parfois morale) sans un aval communautaire. La volonté suprême étant que les maires deviennent  des agents civils représentant local de l’état avec comme fonction l’état civil local, la police locale, et responsable d’un bureau d’enregistrement et diffusion des ordres des différentes strates de l’État. Ils ne pourront rien decider directement pour leurs concitoyens. MC

Pourquoi un maire sur deux veut rendre son écharpe

Trop de normes, trop d’intercommunalité, trop de doléances d’administrés de plus en plus exigeants les maires ont le blues et envisagent pour la moitié d’en

tre eux de ne pas se représenter en 2020.

Les maires, et plus encore les conseillers municipaux en ont marre. Marre de voir les compétences de leurs communes transférées à la communauté de communes. Marre de servir de punching-ball et d’être le réceptacle de la colère de leurs concitoyens. Marre du temps investi qui rogne celui de la vie personnelle.

Au moment où le congrès des maires s’ouvre à Paris, ce constat est dans toutes les têtes des élus locaux. Le président de l’Association des maires de France (ANTE) ne l’ignore pas. « Les remontées de terrain que nous avons, décrivent une tendance sans précédent : jamais nous n’avons vu autant d’élus et de conseillers municipaux qui ne veulent pas se représenter la prochaine fois », concède François Baroin.

Un ras-le-bol jamais vu

« Ce que l’on dit dix-huit mois avant ne se vérifie pas toujours », temporise le vice-président André Laignel. Mais fort de son expérience de maire (il est élu à Issoudun depuis quarante et un ans), il reconnaît n’avoir

jamais connu un tel ras-le-bol chez ses collègues.

« Les démissions de conseillers municipaux se comptent par milliers », confirme le président LR du Sénat, Gérard Larcher, qui représente les territoires. Ce sont les élus de base qui claquent la porte. En revanche, rares sont les élus aux communautés de communes ou d’agglomérations à quitter leurs fonctions, constate le patron de la chambre haute.

Un maire sur deux veut partir

Une enquête de l’association des maires de France et du Cevipof confirme la fatigue psychologique des maires. En 2014, 60 % des maires sortants ont été réélus. Quatre ans plus tard, ils sont quasiment un sur deux à vouloir abandonner tout mandat électif. Cela concerne principalement les maires des communes de moins de 500 habitants : 55 % ne veulent pas rempiler quand ils ne sont que 9 % des maires des villes de plus de 30 000 habitants à vouloir rendre leur écharpe.

Outre la taille de la commune, l’âge du maire a aussi une influence : les plus de 70 ans veulent aux deux tiers passer la main. C’est moins le cas pour les plus jeunes.

L’intercommunalité mal vécue

Considérer que le malaise est général est excessif, mais c’est une réalité. Elle s’explique en grande partie par la loi NOTRe (loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République), votée sous le quinquennat de François Hollande et jugée négativement par 75 % des maires. Cette loi redéfinit les compétences des collectivités et renforce le sentiment des maires des petites communes d’être dépossédés de tout pouvoir.

« Près de 80 % des maires considèrent que l’intercommunalité a beaucoup d’influence sur leur commune alors qu’ils ne sont que 25 % à penser que leur commune exerce une influence sur l’intercommunalité », détaille Martial. Foucault, professeur à Sciences Po Paris et directeur du Cevipof.

Le gouvernement est conscient du problème et pourrait être ouvert à une certaine souplesse. Elle est très attendue, notamment par les maires des petites communes.

 


Nathalie Mauret – Le Dauphiné Libéré 20/11/2018