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Il aura suffi de quelques jours pour que le mariole Jean-Claude Gaudin recouvre un peu de dignité. L’après-midi même de l’effondrement des deux premiers immeubles rue d’Aubagne, le 5 novembre, le maire LR de Marseille balance à un élu d’opposition du quartier, Christian Pellicani (Front de gauche), aperçu sur place : « Oh, t’y es pas sous les décombres, toi ? »

Après cette sortie de bon goût, jeudi 8 [Nov 2018], le même [gâteux] lâche un élégant « je ne regrette rien ! » face aux journalistes massés devant l’hôtel de ville. Il vante même sa politique: « 35 millions d’euros investis dans l’éradication de l’habitat indigne » depuis 2005…

Urgent d’attendre

Las ! dimanche 11, Gaudin baisse d’un ton et passe à moitié aux aveux (le bilan définitif rue d’Aubagne s’élève à huit morts). « On n’en a pas assez fait, parce que c’est compliqué, parce qu’on ne nous laisse pas manoeuvrer, et donc il est clair que l’insalubrité existe encore », gémit l’édile, avant de conclure, sans rire : « Il faut qu’on s’attache à faire des efforts sérieux de ce côté-là. »

dessin de KIRO – Le Canard Enchaîné – 14/11/2018

Il faut dire qu’en une semaine les rapports attestant le « sérieux » de la ville en matière de logements pourris sont remontés comme des balles de ping-pong à la surface du Vieux-Port. Rapport Nicol (« Libé », 9/11), d’abord : en 2015, cet inspecteur général dénonçait le nombre ridicule d’arrêtés de périls municipaux (une centaine par an), alors que 100.000 habitants vivaient déjà en insécurité dans plus de 40.000 logements.

Rapport de l’agence régionale de santé, ensuite (« Le Monde », 11/11) : y était fustigée la fâcheuse tendance des agents de la ville à « sous-évaluer la gravité des dysfonctionnements ». Le fameux rapport Carta, enfin, du nom de l’architecte expert marseillais qui, mandaté par la justice le 19 octobre, a hurlé au « péril grave et imminent » et exigé de lourds travaux d’urgence dans la copropriété du 65 rue d’Aubagne. Les proprios ont été sommés de « prendre immédiatement à leur charge l’hébergement des locataires » (« La Marseillaise » 8/11). Ils ne l’ont jamais fait, et personne, pas plus la mairie que le pape, ne les y a contraints.

Désert électoral

Deux semaines plus tard, le 65 rue d’Aubagne s’effondrait, en même temps que le 63. Cet immeuble-là donne une meilleure idée de la performance municipale : propriété de Marseille Habitat, sous arrêté de péril depuis… 2006, il n’a connu aucuns travaux. Un véritable château de cartes, même pas muré, resté vide pendant des années, les fenêtres ouvertes aux quatre vents. Marseille Habitat, présidé par Arlette Fructus, une copine de Gaudin, possédait les étages depuis des lustres et aurait pu lancer d’autorité des travaux. Mais l’organisme a attendu d’être propriétaire du rez-de-chaussée, lors de l’été 2017, pour enfin installer un système d’évacuation : l’eau pourrissait l’arrière du bâtiment.

Le 25 octobre, dix jours avant le drame, un ultime rapport a été pondu : un expert de Fos-sur-Mer a été appelé à la rescousse par le syndic du 67 rue d’Aubagne, inquiet de voir s’agrandir les fissures du bâtiment. Il a constaté que le numéro 67 (détruit depuis) poussait dangereusement sur le numéro 65 (le pourri), qui lui-même s’appuyait furieusement sur le 63 (le château de cartes). Tout cela venant ainsi confirmer un énième… rapport, qui, il y a trois ans, racontait exactement la même histoire ! Des rapports qui se ressemblent sans que rien ne se passe…

Pour les esprits mal tournés de la Canebière, ce délitement du quartier ne doit rien au hasard : « Il y a très peu de gens qui votent, dans le coin de la rue d’Aubagne, et ceux qui votent n’ont jamais voté pour Gaudin et son équipe », glisse un opposant. Au bureau 122, la candidate de Gaudin, Solange Biaggi, a décroché un spectaculaire 4,13 % au premier tour des législatives de 2017, en rassemblant 20 voix (là où Mélenchon en prenait dix fois plus 206 suffrages, 42,56 %).

Si la droite n’était pas allée dans le mur, les immeubles de la rue d’Aubagne seraient peut-être encore debout.

[Mais oui j’connais la renommée colportée à l’encontre de ce coin de Marseille, « c’est la lie de la migration », d’abord est-ce bien vrai et d’autre part, pourquoi les proprios véritables négriers ne sont jamais désignés à la vindicte populaire ? – MC]


Christophe Nobili- Le Canard Enchaîné – 14/11/2018