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Angela Merkel au Parlement européen

Comme chaque mois, le Parlement européen a un débat avec un chef d’État et de gouvernement sur l’avenir de l’Union européenne. Cette fois, c’était au tour de la chancelière allemande d’exposer ses vues.

Elle n’a rien dit de sa vision sur le « futur de l’Europe ». Aucune analyse non plus des politiques d’austérité mises en œuvre en général sur injonction de l’ordo-libéralisme allemand. Elle n’a même pas prononcé le mot « chômage » ni ceux de « pauvreté » ou de « précarité », [pourtant cela existe bel et bien en Allemagne ou tout n’est pas rose contrairement à ce que les médias voudraient nous faire croire, il en va de même dans d’autres pays de la zone européenne- MC]. Aucun mot non plus sur l’avenir de la politique agricole commune [PAC], ou des fonds sociaux et régionaux européens.

Par contre, elle a renforcé les déclarations de M. Macron prononcées quelques jours avant sur la mise en place d’une « armée », ou d’une « défense européenne » selon les moments, précisant que celle-ci serait « complémentaire de l’OTAN ».

  • Dans quel but ? Avec quels objectifs ?

C’est le mutisme flou à ce propos, au moment où le seul dirigeant au monde qui souhaite la destruction de tout projet européen est M. Trump.

Déjà la France et l’Allemagne ont engagé un processus de construction de matériel militaire dont un futur avion de combat et un nouveau char. Un « fonds pour la défense » est prévu dans le budget européen. C’est pour cela d’ailleurs qu’on réduit les crédits sociaux, ceux de la politique agricole commune. Doit-on accepter de sacrifier le Fonds d’aide aux plus démunis à la course aux armements. Je réponds non, trois fois non, avec force.

  • Injustice fiscale : les progressistes doivent entrer dans le débat

L’exécutif, qui avait pris de haut la colère et la révolte nées des injustices fiscales, est aujourd’hui un peu perdu. Le président de la République monte au front pour justifier ces iniques décisions. Et le Premier ministre bricole des plans sans efficacité, sans cohérence avec un projet de transition environnemental.

À force de mépriser les syndicats, les associations et les parlementaires, il s’est privé de corps intermédiaires pour la controverse et la recherche de solutions mêlant progrès social et progrès écologique. L’argument suprême qu’il utilise et qui risque de s’user est celui selon lequel l’extrême droite a noyauté le mouvement de ce samedi [les gilets jaunes le 17 novembre 2018 en France]. Ce mouvement était transversal, au-delà des opinions et des votes antérieurs et portait au fond sur le besoin de justice fiscale et sociale.

Par contre, en l’absence d’un débat suffisant, la difficulté d’une claire conscience sur les moyens de changer de modèle économique va le priver d’un débouché positif.

Faire croire, comme le fait M. Macron, qu’un mouvement aussi puissant est le fait de l’extrême droite vise deux objectifs : tenter de ne pas répondre à tous ceux qui sont en souffrance, et diviser le pays en deux camps. Le sien et celui de cette extrême droite.

Il joue avec le feu.


D’après un article de Patrick Le Hyaric – député européen GUE – La Lettre du 16 novembre 2018