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Il est conventionnel que les élections à la tête des partis politiques charrient leurs lots d’arrangements, de négociations de couloir et de luttes d’influence, mais finissent par un vote ayant la forme la plus démocratique qui soit.

 […] [chez LREM, point de ça « Lisette », la désignation du responsable n’aura pas lieu car entre les deux principaux prétendants, Pierre Person, actuellement délégué national aux territoires de LREM et cofondateur des Jeunes avec Macron (JAM), et Stanislas Guerini, l’un des membres fondateurs d’En Marche! aux côtés d’Emmanuel Macron, va porter la candidature la plus sérieuse en remplacement de Christophe Castaner.]

[…]  Le vote du conseil national, fort de 750 membres (élus, ministres et des militants tirés au sort), doit se tenir le 1er décembre. Les modalités du scrutin, à bulletin secret ou à distance, n’ont toujours pas été décidées.

Officiellement, [cette façon de procéder est pour] préserver « l’unité et le rassemblement » [pour ne pas être] « dans des logiques de courants, de clans ou de motions ». [Curieuse façon de déclarer que] « Cette élection doit être démocratique, les statuts le permettent. »

« [Ainsi] Stanislas Guerini portera désormais une parole audible et médiatique dans cette campagne qui ne sera qu’une formalité en attendant le vote du conseil national. Déjà, en novembre 2017, la désignation de Christophe Castaner à mains levées avait fait grincer les dents de nombreux militants. [Est dénoncé par les ex candidats à ce poste,] la manière dont se sont déroulés la séquence d’avant dépôt des candidatures.

[Tous] se plaignent de SMS agressifs, de coups de fil à répétition pour faire retirer des parrainages, notamment auprès des référents départementaux, et de la mobilisation de membres du gouvernement pour éviter tout débat qui tourne au déballage. […]

Aurore Bergé, qui a parrainé Stanislas Guerini, réfute le climat décrit par ses concurrents. « Il n’y a pas de campagne négative contre tel ou tel, chacun est conscient de ses responsabilités. Personne n’est empêché de se présenter », dit-elle. […] Guerini, 36 ans, était adhérent du PS, dans le courant « strauss-khanien » [il] demeure très proche du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux – qui vise la mairie de Paris – et des conseillers élyséens Ismaël Emelien et Cédric O (par ailleurs membre du bureau exécutif de LREM). Tous les quatre ont été des soutiens actifs de Dominique Strauss-Kahn. Cette proximité fait grincer des dents, allant même jusqu’à alimenter les soupçons d’instrumentalisation de LREM pour l’ambition parisienne de Benjamin Griveaux. Une députée prévient, sous couvert d’anonymat : « Il ne doit pas se tromper d’engagement, il va falloir qu’il s’éloigne de ses soutiens personnels pour se mettre au service du mouvement. Nous n’accepterons pas qu’il soit le simple poisson-pilote de Benjamin Griveaux. »

Ambitions personnelles et mouvement politique encore en pleine construction : le cocktail s’avère détonant et dessert un parti déjà critiqué par sa base pour son manque de transparence et de débat démocratique. […]

« Nous sommes confrontés au problème que tout parti présidentiel connaît après une élection : l’incarnation », ajoute Aurore Bergé pour justifier son soutien à son collègue  […].

Si cette séquence ne devrait pas fracturer profondément LREM, elle donne à voir un mouvement encore incapable d’instiller du débat politique en son sein. […]  À l’avenir, nous devons construire un espace démocratique car les choses apparaissent comme ayant été décidées en amont. […]

Sophie Errante en reste encore aux interrogations : « Qu’attendons-nous de ce mouvement ? Que veut-on en faire ? Comment gérer une organisation sans fédération, sans section ? » Cette « complexité de la nouveauté », selon ses propres mots, reste encore sans réponse. L’élection du nouveau délégué général ne permettra pas d’en débattre.


Manuel Jardinaud, Médiapart – Titre original : Chez LREM, l’élection du délégué général se passe de débat démocratique » – Source (Extrait Très partiel)