Étiquettes

,

Six mois avant les élections européennes, Emmanuel Macron est un homme seul, à Bruxelles. La droite européenne devait exploser et Macron ramasser les morceaux ? Raté.

Les sociaux-démocrates ? Ils feront cavalier seul. Les écolos ? Dany Cohn-Bendit les a dragués en pure perte. « Macron est coincé. Il ne voulait pas s’afficher avec Guy Verhofstadt, le patron des libéraux, trop affairiste à ses yeux, et maintenant il ne fait plus le difficile, les émissaires de LRM défilent dans son bureau », se marre un eurodéputé.

C’est donc avec ce groupe des libéraux, le quatrième en termes d’effectifs au Parlement européen, qu « En marche ! » a entamé des discussions en vue du scrutin de mai. Mais, si la vitrine peut séduire, l’arrière-boutique s’avère nettement moins reluisante.

Le président du groupe libéral au Parlement européen, l’ex-Premier ministre belge Verhofstadt, déjà cité, se voit régulièrement reprocher ses fonctions d’administrateur au sein de plusieurs sociétés : la Sofina (une holding actionnaire, notamment, de Danone et de GDF Suez), l’armateur Exmar (spécialisé dans le transport de gaz liquéfié) et le fonds de pension néerlandais APG.

Selon Transparency International, ces petites grattes lui procurent un revenu annuel supérieur à 1 million d’euros. Mais il facture aussi la plupart de ses interventions publiques environ 13.000 euros chacune. « Verhofstadt pourrait faire vivre 40 familles grecques », ironisent les socialistes belges.

Le président du parti libéral européen, l’eurodéputé néerlandais Hans Van Baalen, était, lui, administrateur, jusqu’en 2015, de Mercedes-Benz et de la RAI, un lobby automobile. À la suite du scandale du « Dieselgate », il a renoncé à ces fonctions, le conflit d’intérêts devenant trop criant. Autre élu désintéressé : l’eurodéputé libéral allemand Wolf Klinz, administrateur d’un groupe bancaire et d’un lobby financier. Et la liste n’est pas close.

Les affranchis

Le groupe des libéraux abrite d’autres curieux loustics encore. L’ALDE roumaine, petit parti membre de la coalition gouvernementale à Bucarest, est mise en cause dans des affaires de corruption. Son patron, l’ancien Premier ministre Calin Popescu-Tariceanu, est désormais le président du Sénat roumain. Au côté du très controversé leader socialiste Liviu Dragnea, il dirige une campagne incriminant l’indépendance de la justice roumaine. À Bruxelles, la Commission envisage très sérieusement l’ouverture d’une procédure pour infraction à l’État de droit.

Parmi les cas plus problématiques, l’ANO, parti du Premier ministre populiste tchèque, Andrej Babis. Ce milliardaire, deuxième fortune et premier employeur du pays, est un ancien collaborateur de la police politique communiste, surnommé « le Berlusconi tchèque ». L’Olaf, l’office antifraudes de Bruxelles, soupçonne son entreprise, Agrofert, d’une fraude de 2 millions d’euros aux… subventions européennes ! Pas question pour autant de prendre ses distances avec lui : l’ANO, avec 30 % des voix aux dernières élections, est le premier parti du pays.

Tous ces libéraux ont un point commun : une aversion profonde pour la notion de régulation. « Ils sont complètement du côté des industriels. Pour leur faire accepter l’idée de normes sociales ou environnementales, c’est la croix et la bannière ! » s’étrangle l’eurodéputée française Tokia Saïfi, du PPE, qui travaille au Parlement européen sur les dossiers de libre-échange.

Pittoresques, les nouveaux amis d’Emmanuel Macron !


Article signé J. C. – Le Canard Enchainé – 07/11/2018