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Donald Trump tient un meeting survolté le 22 août 2017 à Phoenix (Arizona), Depuis plusieurs minutes, le président américain jette l’opprobre sur Mark Landler, correspondant du New York Times à la Maison-Blanche, “les médias et leurs fake news”, […] “On pourrait croire qu’ils (les journalistes – ndlr) veulent rendre sa grandeur à notre pays, mais je suis persuadé du contraire. Ils sont dingues, ces gens !”, tonne-t-il dans une ambiance suffocante, en les enjoignant à “rentrer chez eux” – ce qu’ils finissent par faire, sous les quolibets d’un public chauffé à blanc. Cette image, filmée par la réalisatrice Liz Garbus dans sa série documentaire en quatre épisodes – Mission vérité -Le New York Times et Donald Trump – matérialise de manière brute et brutale la situation de la presse aux États-Unis.

Pendant un an, son équipe de tournage de Liz Garbus, a pu suivre de l’intérieur, dans les bureaux du grand quotidien américain à New York et à Washington, la fabrique de l’information, dans cet environnement bouleversé par l’impudence trumpiste.

La cellule investigation du NYT, plongée dans le cœur du réacteur

Affaibli par son échec à anticiper la victoire du milliardaire, le journal encaisse les coups, cherchant laborieusement les failles dans l’épaisse cuirasse du locataire de la Maison-Blanche, qui le désigne à la vindicte populaire. “Nous n’avons pas su prendre le pouls de notre pays, c’était une erreur”, convient le rédacteur en chef Dean Baquet dans les mythiques locaux de la 8e avenue. “Comment incarner ‘un journalisme d’investigation honnête et indépendant’ dans ce contexte politique hostile, auquel s’ajoutent les difficultés économiques qui frappent la presse écrite dans son ensemble ?” s’interroge-t-il. C’est le nœud gordien que ses journalistes s’échinent à trancher au jour le jour.

Dans la lignée des films inspirés de faits réels tels Pentagon Papers (2017) et Spotlight (2015) qui nous plongeaient respectivement dans les rédactions en pleine effervescence du Washington Post et du Boston Globe, ou du docu Les Gens du Monde d’Yves Jeuland (2014), la fresque documentaire de Liz Garbus fait l’effet d’une immersion dans un monde parallèle.

Il y est naturellement question de la cellule investigation du NYT, le cœur du réacteur, et des multiples affaires qu’elle a révélées sur Trump – notamment les liens entre des agents de renseignement russes et des membres de son équipe de campagne.

On découvre aussi le cynisme de l’entourage du chef de l’État, qui entretient des relations de connivence avec certains journalistes, tout en les couvrant d’anathèmes dès lors que ces politiques montent sur une estrade […]. “L’ironie dans tout ça, c’est que même si tous les poids lourds néoconservateurs crachent sur le New York Times et les autres médias, ils adorent discuter avec nous”, constate amèrement le journaliste politique Jeremy W. Peters.  […]

Nous vous recommandons le visionnage de : Mission vérité – Le New York Times et Donald Trump, qui bien que passé le 6 novembre sur Arte, reste disponible pendant 2 mois en replay sur ARTE.TV.


Un article de Mathieu Dejean pour les Inrocks – Titre original « Le “New York Times” face à Trump : un an dans les coulisses du journal » – Source (extrait)