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D’un côté la pauvreté s’installe alors que peu de gouvernants s’en soucient réellement tant qu’il y a des institutions caritatives pour pallier à de maigres aides pour survivre. D’un autre côté est étalé l’opulence autant dans les magazines people que les reportages télévisuels de fin de week-end et que dire de tous les avantages accordés à bon nombre de milliardaires, chef d’entreprise…

[Il est anormal dans une société dite moderne d’avoir une telle fracture entre d’un côté la pauvreté presque banalisée dans le débat public. Même nos gouvernants emploient un langage banalisé, fini les précautions oratoires comme « populations défavorisées », « précarité », « vulnérabilité » ou « exclusion sociale », ce n’est pas encore le « s’ils sont pauvres c’est parce qu’ils le veulent » mais ce n’est pas loin du « traversé la rue pour trouver du travail ».]

Selon Louis Maurin, fondateur de l’Observatoire des inégalités et co-auteur d’un rapport sur la pauvreté en France paru en octobre, « depuis 2000,[la pauvreté s’étend], c’est une rupture historique dans notre histoire -sociale. Il ne s’agit pas d’un appauvrissement massif des plus pauvres, mais d’une augmentation du nombre de personnes qui décrochent du niveau de vie des classes moyennes ».

La pauvreté angoisse un nombre grandissant de Français : selon le baromètre annuel d’opinion du ministère des solidarités et de la santé, un quart des ménages interrogés en 2015 craint de devenir pauvre dans les cinq ans, une inquiétude qui se diffuse dans les classes moyennes.

Cinq millions de personnes, soit 628 000 de plus qu’en 2006, vivent aujourd’hui avec moins de 855 euros par mois (chiffres 2016), soit la moitié du revenu médian.

Un critère que Louis Maurin préfère à celui choisi par l’Union européenne, de 60 % de ce revenu médian, soit 1 026 euros par mois : « Il cerne mieux la situation de privation et n’amalgame pas des situations trop différentes », estime-t-il.

[…] « Jamais je n’aurais pensé en -arriver à cette situation et à pousser la porte de cette épicerie solidaire de la Croix-Rouge », confie Mme G., jeune mère de trois adolescents qui vit à Houilles (Yvelines) et dont le mari était encore récemment au chômage, elle-même étant en arrêt maladie. Dans cette localité de la région parisienne, une trentaine de familles sont inscrites dans cette épicerie, et nul ne peut déceler à leur apparence ou leur expression les privations qu’elles s’infligent, les premiers postes sacrifiés étant les loisirs et la santé. […]

Depuis 2008 et la crise financière, ils sont pris en étau entre des revenus qui stagnent, quand ils ne baissent pas, 10 % des ménages les plus modestes n’ont jamais rattrapé leur niveau de vie d’avant la crise, et [peine avec les dépenses] contraintes […]: loyer et charges, abonnements indispensables (téléphone, électricité, gaz), cantine scolaire, assurances… Leur part dans les revenus des ménages est, selon l’Insee, passée de 12 %, dans les années 1960, à 30 %, en 2017. Le seul poste logement engloutit 42 % du revenu des 10 % les plus modestes, contre 17,4 % en moyenne pour l’ensemble des Français.

[…] Pour ces familles brutalement déclassées, l’isolement et l’absence de rapports sociaux sont difficiles à supporter […]. «  Les gens qui naissent pauvres, restent pauvres ; ceux qui tombent pauvres, restent pauvres. »


Isabelle Rey-Lefebvre, Le Monde – Titre original : « Vivre avec moins de 800 euros par mois » – Source (Extrait)