Étiquettes

,

Origine du monde et récipient à fantasmes, le corps féminin est commenté, disséqué, analysé, tourmenté, épluché, dépiauté, pantin privé de consentement dans un système patriarcal produisant des normes pour tous, hommes compris avec ces modèles de virilité…

Les commentaires sur le physique, sur les tenues. Les mains aux fesses, aux cuisses, aux seins. Les regards, les frottements. Les baisers forcés. Les plaquages contre les murs. Les “salope”, les “pute”, les “je vais te baiser”, les fellations mimées. Les rapports non désirés, imposés, par la force, par l’alcool, par le sommeil, par l’incapacité étrange, ancestrale peut-être, de dire “non”. “Non”, trois lettres banales dites comme ça, sorties de leur contexte de peur. Trois lettres porteuses de honte et de coups.

Honte de ne pas satisfaire, de ne pas correspondre à ce que l’on attend de nous. Honte de l’avoir ouverte, d’avoir dit ce que nous pensions, d’avoir occupé l’espace réservé depuis la cour de récré aux garçons. Mais nous qui ?

En 2018, nous voici ramenées à nos sexes de femmes, si beaux avec leurs pliures, leurs déliés et leurs mystères rosés, si méconnus les pauvres. Ramenées, puisqu’il faut le défendre ce sexe encore trop souvent synonyme de domination dans un monde capitaliste pyramidal où les inégalités de classes, de couleurs, d’origines, de genres, de sexualités, persistent.

Et oui, on naît femmes, avec ce sexe qui, de facto, rendra la vie plus difficile, plus combative, salaires amoindris, plafond de verre, violences sexuelles, pressions incessantes.

Les corps des femmes ont ceci de commun qu’ils ne leur appartiennent pas tout à fait, selon la dialectique de la maman et de la putain.

  • Violence d’être celles et ceux que nous n’avons pas choisi.e.s.
  • Violence de l’argument “naturel”.
  • Violence des injustices et du mépris.
  • Violence de ne pas être écoutées un an après MeToo, pressées de nous justifier.
  • Comme si nous avions un jour désiré ces inégalités et ces viols.
  • Comme si nous rêvions d’être dépossédées de nous-mêmes, âmes enfermées dans des corps plastifiés par le regard des autres.

Auteure de ce texte : Carole Boinet – Les Inrocks – Titre original : « Du consentement: MeToo un an après » – Lien/Source