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Les brésiliens ont tiré le gros lot. Ils ont choisi pour président un phénomène tropical.

Dessin de Aurel – Le canard enchainé – 31/11/2018

Un député vulgaire, méprisé par ses pairs, paresseux, qui, prétendant combattre le politiquement correct » et le « système », a multiplié les provocations pour faire parler de lui, critiqué les médias et traité les journalistes d’imbéciles.

Ce n’est pas en France qu’on connaîtrait pareil hurluberlu !

 Un homme soi-disant « neuf », élu depuis vingt-sept ans et passé par une dizaine de partis sans avoir déposé plus de deux propositions de loi ! Le nouveau président du Brésil est un cas qui, en plus de cumuler tous ces avantages, s’assume ouvertement raciste dans une société métissée, homophobe – il préfère que son fils meure dans un accident plutôt que de le voir vivre avec un moustachu -, pleinement misogyne – il a eu une fille, « fruit d’une petite faiblesse » voire pire, quand il explique à une journaliste qu’il ne la violera pas parce qu’elle « ne le mérite pas », elle est trop « moche ».

Surtout, comme le dit joliment « Le Figaro » (31/10), habile dans la litote, Jair Bolsonaro est « démocrato-sceptique ». Il a un petit doute sur la démocratie, assimilée à la corruption des années Lula. Il lui préfère les régimes autoritaires où les armes, qu’il veut en vente libre, sont entre les mains des militaires qui gouvernent. Il a la nostalgie des généraux qui ont mis le pays au pas entre 1964 et 1985, mais il garde son esprit critique : plutôt que de beaucoup torturer, l’armée aurait mieux fait de tuer la racaille communiste, dit-il.

En attendant, le vieux Le Pen est aux anges, qui prie pour ne pas mourir avant de voir la vague brune submerger vieux et nouveau mondes. Fifille Marine a adressé ses plus vives félicitations à Bolsonaro. L’Internationale populiste est en train de s’étendre, de Trump à Salvini, d’ Orban à Duterte. Et l’extrême droite, […] s’installe comme une alternative à la démocratie avec ses têtes de Turc genre « le Juif Soros ».

Quand le peuple a peur de l’insécurité, de l’immigration et s’indigne de la corruption, il vote pour qui prétend la combattre, même si le remède est pire que le mal.

Il n’y a pas que le pronunciamiento qui amène les dictateurs au pouvoir : il y a les urnes, aussi.

La démocratie est de moins en moins à la mode, assimilée à un « système ».

[…]… comme le dit encore « Le Figaro », qui a tout un tas de synonymes en magasin pour ne pas écrire « facho ». Les ennemis de la démocratie ont le vent en poupe, comme dans les années 30. Ils ont de la chance, le peuple n’a pas de mémoire.

Les Brésiliens ont oublié les généraux tout comme les Argentins, l’Allemand Adolf Hitler, l’Italien Benito Mussolini, l’Espagnol Francisco Franco, le portugais António de Oliveira Salazar, etc, … […]


Jean-Michel Thenard – Le Canard Enchainé – 21/10/2018