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Professeure bénévole au sein d’un CLIS, organisme associatif qui propose des cours de français aux étrangers dans les mairies, Juliette a dernièrement reçu le livre officiel de « grammaire progressive », qui doit permettre à ses élèves de commencer à prononcer quelques phrases simples.

En page 8, le manuel débute par la définition de l’« article défini ». Avec, d’entrée, quelques exemples surprenants.

Extraits « Le 15 août est une fête religieuse en France », « L’argent ne fait pas le bonheur », « Les gens n’aiment pas le changement », « Le Français est fier de sa culture ».

Cette grammaire est peut-être « progressive », mais moyennement progressiste…

Puis vient l’exercice pratique.

Un long texte, à compléter avec les articles, qui en rajoute dans la joie de vivre : « L’économie aujourd’hui dicte sa loi à la politique et le progrès social n’est pas au rendez-vous. Les hommes politiques sont à court d’imagination (…). Les Français se désespèrent. Toutes les catégories sociales sont mécontentes (…). L’argent roi fait le bonheur des uns tandis que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres. Le chômage et l’exclusion inquiètent et désespèrent les gens. »

Quelle allégresse !

L’objectif de Michèle Boulares et Jean-Louis Frérot, les auteurs de ce manuel, serait-il d’apprendre aux étrangers à râler comme de bons Français ?

Malgré plusieurs tentatives, l’éditeur, CLE International, n’a toujours pas répondu au « Canard ». En attendant, bon courage à Juliette pour expliquer toutes ces joyeusetés à des étrangers qui découvrent la langue…


Article non signé – Le Canard Enchainé – Mercredi 27/10/2018