Étiquettes

,

Aux « déboires » de Jean-Luc Mélenchon, [ne plaquez pas une lecture simpliste].

 […] … Il faut voir plus loin, plus haut et avec l’élan nécessaire, ce qui se joue dans le bras de fer qui s’est noué depuis une semaine entre Monsieur Mélenchon d’un côté, le pouvoir, l’appareil judiciaire et les médias de l’autre.

Dans le fond, le leader tribunitien convoque les forces irréductibles des événements. La radicalisation sémantique et comportementale à laquelle il s’adonne repose sur une appréciation donnée de la situation: les fractures sociales, le sentiment croissant d’injustice, le rejet des élites offrent un terreau propice à tous les incendies.

En bon observateur de la chose révolutionnaire, il sait que la politique n’est que l’allumette de l’histoire. Jean-Luc Mélenchon spécule sur un bouleversement de ce que Tocqueville appelait « l’état des mœurs », c’est-à-dire cette assise aussi mentale que morale qui rend acceptable des institutions, modère, pour reprendre le mot de Machiavel « l’humeur » des peuples, instaure une forme de mesure dans l’expression des rapports de force au sein de l’espace public.

[Il faut se souvenir des images diffusées sur l’exceptionnel] déploiement de policier, les exorbitants moyens qui ont accompagné la perquisition au regard des faits reprochés au leader de « La France insoumise ». Tout se passe comme si de part et d’autre les conditions d’exercice et d’acceptabilité de la démocratie libérale vacillaient, tant dans la pratique des institutions par ceux qui en sont les dépositaires […] [Comme si Macron à la baguette, avait une peur viscérale d’un retour des gauches insoumises et dispersées ou recomposées en grande partie affichant un programme sociale et européen d’une autre facture … MC]

[…]. Les excès de Monsieur Mélenchon sont le produit d’une époque, et il conviendrait d’abord de les lire comme tels et non avec cette paresse qui consiste à n’y voir qu’une faute de com’, ou l’expression d’un ego démesuré en surchauffe psycho-politique.

Quelque chose se fissure que la mediasphère, sans doute, amplifie mais qui s’enracine dans ce qui de près comme de loin relève d’un autre phénomène: les mœurs se reconnaissent de moins en moins dans les institutions, leur fonctionnement, les professionnels censés les incarner et les opérer. […]

Tout se passe comme si l’inaltérable sentiment de solidité de notre ancrage institutionnel se désagrégeait sous nos yeux. Du fin fond de cet «entre-deux», entre l’à-bout-de-souffle d’un régime et l’indicible de temps encore informes, prospère ce que les élites, au prix de leurs pires cauchemars, désignent sous le vocable volontairement dépréciateur de « populisme ».

[…] Mélenchon estime que si le populisme a un avenir en France, c’est en partant de la gauche, de son imaginaire qui en dépit de toutes ses erreurs historiques n’en demeure pas moins « fréquentable », à l’inverse de son jumeau qui à droite resterait enfermé dans l’enfer de la désapprobation.

À ce jeu, Mélenchon ne gagnera peut-être pas mais il aura apporté sa contribution essentielle à « la cause du peuple » […]


Arnaud Benedetti – Le Figaro Vox – Titre original : «La colère de Mélenchon va bien au-delà d’un coup de sang ou d’un coup de com’» – Source (Extrait)