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La rémunération moyenne est de 5,1 millions d’euros, soit 257 Smic pour les dirigeants des grandes entreprises, soit +14 % en 2017. Pire, « il ne semble pas y avoir de corrélation entre performances et évolutions de ces rémunérations ».

Le discret Bernard Charlès gagne à être connu : il a empoché Farinée dernière 24,6 millions d’€ entant que directeur général de Dassault Systèmes. Il emporte ainsi la palme du patron le mieux payé, selon l’étude publiée mercredi par le cabinet d’analyse financière Proxinvest.

Salaires, bonus et actions

Un autre chiffre impressionne : 257, soit le nombre de Smic que perçoivent en moyenne les dirigeants du CAC40 —les quarante plus grosses capitalisations de la Bourse de Paris.

Cela fait la coquette somme de 5,13 millions d’euros annuels. Si l’on prend en compte les dirigeants des 120 premières capitalisations du SBF120, la moyenne descend à 3,8 millions, détaille Proxinvest.

Ces sommes englobent trois types de revenus : les salaires, les bonus et les actions, dont la répartition est très variable selon les cas. Elles ne prennent pas en compte les retraites-chapeau, qui peuvent être conséquentes.

Pferdehirt le « scandaleux»

Insistons aussi sur le fait qu’il s’agit là des grands patrons des très grandes entreprises. Loin, très loin des rémunérations des dirigeants de PME, qui perçoivent en moyenne 82.000 euros annuels (en 2015, entreprise de 20 à 49 salariés, selon l’Insee).

Il n’empêche, les chiffres donnent le vertige, surtout quand on les compare au commun des salariés. Les patrons du CAC 40 se sont augmentés l’année dernière en moyenne de 14 %, quand ils concédaient 4 % d’augmentation à leurs salariés, déjà bien lotis par rapport à l’ensemble des salariés français (+1,9 %).

Les grosses paies vont normalement avec les bons résultats, mais pas toujours. Proxinvest pointe ainsi le bonus « scandaleux » de Douglas Pferdehirt, qui a perçu 1,9 million d’euros alors que le cours de l’action de TechnipFMC perdait 23,8 %, après des résultats désastreux. Plus généralement, insiste le cabinet, « il ne semble pas y avoir de corrélation entre performances et évolutions des rémunérations ». Face à de tels chiffres, la question revient à chaque fois d’une loi qui limiterait les rémunérations. François Hollande l’avait promise, avant de la limiter aux patrons du public. Emmanuel Macron s’y est toujours opposé, appelant les patrons à l’autodiscipline.

Une charte malmenée

Elle est exercée suivant une charte élaborée par le Medef et l’Afep, l’Association française des entreprises privées, dont le président Laurent Burelle est le champion de la part variable avec 4,7 millions d’euros chez Plastic Omnium, juste devant Carlos Tavares (Peugeot, 2,4 millions). Cette charte, pas toujours observée, est en fait révisée à chaque scandale.

Le sujet est donc loin d’être clos. La députée Olivia Grégoire nous le dit clairement, après avoir poussé à davantage de transparence dans le cadre de la loi Pacte que vient de voter l’Assemblée nationale.

Il est vrai qu’en pleine polémique sur le pouvoir d’achat, les chiffres de Proxinvest font désordre…


LE CHIFFRE

Cabinet Proxinvest évalue240 Smic le plafond « socialement acceptable » de rémunération pour les dirigeants de grands groupes. 29 grands patrons dépassent ce seuil. La moyenne : 257 Smic.


LE SCANDALE

LE PATRON DE CARREFOUR A QUI PERD GAGNE

Le dernier scandale en date visait Georges Plassat qui a quitté un Carrefour en grosse difficulté sur une rémunération de 5,7 millions d’euros. Le tollé déclenché l’a amputée des 3,97 millions d’indemnités de départ.


LE QUINTE DE TETE

  1. Bernard Charles

(Dassault Systèmes) – 24,6 millions Une rémunération gonflée par des « actions de performance » qui portent à plus de 290 millions son portefeuille d’actions.

  1. Gilles Gobin

(Rubis)- 21,1 millions – Dont 18,7 millions de dividende d’associé commandité, dividende qui augmente avec le cours, mais ne baisse pas avec lui…

  1. Carlos Ghosn

(Renault) -13 millions – Un habitué, qui a conduit les administrateurs de Renault nommés par l’État a voter contre ce montant.

  1. Paulo Cesar Salles Vasques

(Teleperformance) – 12,2 millions – Pour moins de onze mois, car ensuite parti avec une indemnité de 7,6 millions.

  1. Douglas Pferdehirt

(TechnipFMC) – 10,6 millions – Dont un bonus « scandaleux » de 1,9 million, selon Proxinvest, après une chute de 23 %en Bourse.


QUESTIONS À Olivia Grégoire Députée (LREM, Paris)

« Ces écarts vont devenir un problème »

Une moyenne de 257 smic pour les dirigeants du CAC 40. Qu’en pensez-vous ?

« Les écarts se creusent de façon extrêmement visible… Et je crois pouvoir dire, en tant que rapporteuse spéciale au sein de la commission des finances, en charge des entreprises, que si on veut promouvoir un capitalisme plus responsable, ces écarts croissants de rémunération vont devenir un problème. »

Que faut-il faire ?

« La transparence sur les écarts de salaire permet, en période de crise du capitalisme mondial, d’insuffler un peu d’éthique et de responsabilité. Mais il faut être vigilant : cette transparence doit être un outil managérial au service d’une politique de rémunération plus équitable, pas une atteinte à la liberté d’entreprendre, ni une limitation de l’attractivité des entreprises françaises. On ne peut pas limiter des salaires dans notre pays, alors que d’autres ne le feraient pas. »

On vous demande d’aller plus loin dans la transparence…

« Les parlementaires ont introduit dans le projet de loi Pacte un rapport de gestion sur les rémunérations des dirigeants, leur écart avec la médiane des rémunérations de la société, et l’évolution du ratio sur les cinq derniers exercices. Aller trop loin, c’est prendre le risque de créer des tensions : si vous mettez des boîtes à feu et à sang en mettant en avant des écarts de rémunération sans moyen d’y répondre, alors le remède devient pire que le symptôme… Mais nous restons vigilants. Si cette tendance à l’augmentation des écarts devait se consolider, il faudrait des actions plus fortes pour faire converger de manière plus volontariste les rémunérations. »


Propos recueillis par Francis Brochet – Le Dauphiné Libéré 25 Oct. 2018


Et il va se trouver des electeurs pour faire confiance a ce groupe LREM  …. Triste pour beaucoup d’entre nous…. MC