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 Contre Jupiter, Medef et syndicats fondent le Club des huit

 

Patrons et salariés poursuivent le dialogue social dans la clandestinité. Une démarche quasi historique, en tout cas.

Depuis le 11 juillet, les grands patrons du Medef, de la Confédération des PME et des micro-entreprises de l’U2P retrouvent régulièrement les leaders des cinq syndicats de salariés au nez et à la barbe du gouvernement.

Nom de code ?

Le Club des huit. « Ça fait un peu « Bibliothèque verte » », pouffe le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. « Beaucoup pensaient qu’en tant que libéral pur et dur je me désintéresserais du dialogue social. Ils doivent être surpris », ajoute-t-il avec la jubilation d’un jeune curé venant de goûter au fruit défendu.

Les premiers conciliabules visaient à préparer les entretiens auxquels Macron avait convié les syndicats et le patronat, le 17 juillet. « Nous avons tous eu conscience d’être confrontés à un vide. Jupiter remplaçait le dialogue social par la prééminence de l’État, constate l’un des conjurés. Il fallait trouver une réponse. »

Premier missile, lancé par François Asselin, patron des PME : l’impôt à la source. Roux de Bézieux a embrayé. « On a des discussions franches. C’est sympa », a-t-il confié à ses proches. Encore un effort, et il traversera bientôt la cour de l’Elysée au bras de Martinez.

Bienvenue au Club !

Le baptême du feu du Club des huit a lieu le 19 septembre, une semaine avant la lettre de cadrage du gouvernement sur l’assurance-chômage. Les trois présidents et les cinq chefs de syndicat se retrouvent discrètement dans une salle du Conseil économique, social et environnemental. « Nous nous sommes rapidement dit que nous devrions rédiger notre propre lettre de cadrage, c’est-à-dire fixer nos objectifs sans dépendre du gouvernement », rapporte l’un des « cinq ».

Huit heures et quelques chamailleries plus tard, les carbonari concluent un projet d’accord, comme au bon vieux temps de la politique contractuelle. Roux de Bézieux se fait fort d’obtenir l’aval des huiles du Medef… moyennant quelques modifications, qu’il proposera à ses « partenaires ».

Mais voilà : Antoine Foucher, ex du Medef devenu directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, exige, furax, qu’on lui remette le texte. Puis se plaint auprès de quelques éminences du syndicat, de Roux de Bézieux. Lequel, déconfit, rappelle, deux jours plus tard, ses complices du Club des huit : impossible de faire passer le texte au Medef…

Pas fous du malus

Lot de consolation : si ce dernier déchire son projet d’accord avec les syndicats, Edouard Philippe s’engage à enterrer le « malus » envisagé à l’encontre des boîtes qui abusent de contrats de travail très courts. Le Club se targue aussi d’avoir fait reculer Macron, pour la première fois, sur son projet de gestion en direct de l’assurance-chômage.

« Je ne suis pas contre le gouvernement, assure en privé le président du Medef, mais il faut bien constater qu’à ses yeux les partenaires sociaux appartiennent à l’ancien monde. » Et d’annoncer de nouvelles réunions du petit G8 sur les chantiers macroniens.

La CFE-CGC est prête à suivre. A une condition : pour éviter des bugs comme celui de l’assurance-chômage en septembre, « Roux de Bézieux doit asseoir son indépendance vis-à-vis de ses grandes fédérations », clame François Hommeril, président du syndicat et copain de Pascal Pavageau… lequel s’entend à merveille avec Martinez.


Alain Guédé – Le Canard Enchainé – 10/10/2018